Abidjan : l’afrique veut exploiter ses minéraux critiques pour un développement autonome
Lors d’une conférence ministérielle tenue à Abidjan, les pays africains producteurs de minéraux critiques et leurs partenaires internationaux ont acté une volonté commune : transformer ces ressources en levier de croissance économique, d’industrialisation et de progrès social. L’enjeu ? Créer des chaînes de valeur locales, sécuriser des financements durables et répondre à une demande mondiale en forte expansion.
Cette rencontre, qui a rassemblé des ministres africains des Mines, de l’Énergie et de l’Économie verte ainsi que des représentants d’institutions continentales et internationales, s’est tenue dans un contexte où l’Afrique détient un potentiel minier colossal.
Abidjan, capitale d’une nouvelle stratégie minière africaine
Les discussions ont porté sur la nécessité de repenser la gestion des ressources naturelles africaines pour en maximiser les retombées économiques. L’objectif ? Passer d’une logique d’exportation brute à une exploitation intégrée, créatrice d’emplois et de richesse partagée.
Parmi les participants figuraient des responsables de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la ZLECAf, de la CEA-ONU, ainsi que des banques régionales et des investisseurs internationaux. Tous ont souligné l’urgence d’agir pour que l’Afrique ne rate pas le virage de la transition énergétique.
Un tournant décisif pour le continent
Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement (BAD), a insisté sur l’impérieuse nécessité d’un « changement de paradigme ». Selon lui, l’Afrique doit prendre le contrôle de ses ressources en les transformant localement plutôt que de les exporter sans valeur ajoutée.
« Nous devons consolider nos institutions financières et recapitaliser nos fonds de développement pour qu’ils pèsent davantage sur la scène mondiale », a-t-il déclaré. Il a également mis en avant l’importance des infrastructures résilientes et des industries locales pour exploiter pleinement le potentiel minier du continent.
La Côte d’Ivoire mise sur ses sous-sols pour un avenir prospère
Mamadou Sangafowa-Coulibaly, ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, a rappelé que près de 75 % du territoire ivoirien pourraient cacher des minéraux critiques. Une richesse que le pays souhaite mobiliser pour atteindre le statut de nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.
Pour y parvenir, Abidjan a élaboré un plan ambitieux couvrant la période 2026-2040, avec un budget de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % financés par le secteur privé. Ce programme vise à structurer une filière minière intégrée, alliant exploitation, transformation et innovation.
Un trésor minier de 29 500 milliards de dollars en jeu
L’Afrique possède environ 30 % des réserves mondiales de minéraux stratégiques pour la transition énergétique, comme le cobalt, le lithium, le graphite ou les terres rares. Ces ressources, estimées à près de 29 500 milliards de dollars, représentent plus de huit fois le PIB annuel du continent.
Pourtant, près de 8 600 milliards de dollars de ces réserves restent inexploitées. Face à une demande mondiale qui devrait exploser d’ici 2040 — avec des hausses de 1 000 % pour les métaux du groupe du platine ou 842 % pour le lithium —, l’Afrique a une carte majeure à jouer.
L’industrialisation par les minéraux : une opportunité historique
La transition énergétique mondiale, notamment portée par les véhicules électriques et les batteries, pourrait voir sa chaîne de valeur passer de 7 000 à 59 000 milliards de dollars d’ici 2050. Une manne que l’Afrique souhaite capter en développant ses propres industries.
Les dirigeants réunis à Abidjan ont réaffirmé leur détermination à rompre avec le modèle traditionnel d’exportation de matières premières. Leur ambition ? Faire des minéraux critiques un moteur d’industrialisation, de création d’emplois et de souveraineté économique pour le continent.