29 juillet 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Abidjan mise sur ses minéraux stratégiques pour booster sa croissance

À Abidjan, les pays africains producteurs de minéraux critiques et leurs partenaires ont scellé une volonté commune : transformer ces ressources en levier de croissance économique, industrielle et sociale. L’enjeu ? Maximiser la valeur locale, financer le développement et structurer des chaînes de valeur régionales pour répondre à une demande mondiale en pleine expansion.

Une conférence ministérielle réunissant des responsables africains des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie et de l’Économie verte, ainsi que des représentants de l’Union africaine, de la ZLECAf, de la CEA, de banques régionales et d’investisseurs internationaux s’est tenue récemment à Abidjan. L’objectif ? Redéfinir la place de l’Afrique dans l’économie mondiale des ressources stratégiques.

Abidjan, épicentre d’un nouveau pacte minier continental

Cette rencontre a permis de rassembler des acteurs clés pour établir une feuille de route visant à exploiter pleinement les immenses réserves africaines de minéraux critiques, au service d’un développement durable et inclusif.

Un tournant décisif pour le continent

Lors de l’ouverture, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a souligné l’urgence d’une refonte profonde de la gestion des ressources naturelles africaines.

« Cette conférence marque un changement de paradigme : il s’agit d’instaurer un nouveau partenariat pour l’Afrique, afin qu’elle maîtrise mieux ses ressources et en tire des bénéfices concrets pour sa population », a-t-il déclaré.

Il a insisté sur la nécessité de privilégier la transformation locale des matières premières pour générer davantage de valeur ajoutée en Afrique. Une réforme du financement du développement s’impose également, selon lui : « Le continent compte plus de 100 institutions dédiées, mais leur impact reste marginal, représentant seulement 1 % du bilan mondial. Il est temps de les renforcer et de les recapitaliser. »

Pour lui, le développement d’infrastructures résilientes et la création d’industries locales sont essentiels pour optimiser l’exploitation des ressources minières africaines.

La Côte d’Ivoire mise sur son potentiel minier

Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a souligné l’importance d’une solidarité continentale renforcée.

« Notre défi est de convertir ces ressources en richesses durables et en prospérité partagée. Aucun pays ne peut y parvenir seul : la collaboration est indispensable pour bâtir des chaînes de valeur régionales », a-t-il affirmé.

Il a également mis en lumière le potentiel minier de la Côte d’Ivoire, précisant que près de 75 % du territoire national recèle des minéraux critiques. Une richesse qui s’inscrit dans la vision du président Alassane Ouattara, visant à faire du pays une nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.

Pour y parvenir, Abidjan mise sur une politique intégrée des ressources minérales et énergétiques pour la période 2026-2040, avec un budget de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % devraient être financés par le secteur privé.

Un potentiel colossal face à une demande mondiale en hausse

L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales de minéraux stratégiques pour la transition énergétique, dont le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, les métaux du groupe du platine, le cuivre, le manganèse et le nickel.

La valeur totale de ces ressources est estimée à près de 29 500 milliards de dollars, soit plus de huit fois le PIB annuel africain et près de 20 % des ressources mondiales. Parmi elles, environ 8 600 milliards de dollars de réserves restent encore inexploitées.

Parallèlement, la demande mondiale devrait exploser d’ici 2040 : les besoins en métaux du groupe du platine pourraient augmenter de plus de 1 000 %, ceux en lithium de 842 % et ceux en cuivre de 88 % par rapport à 2023.

Une opportunité historique à saisir

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mutation industrielle mondiale, portée par la transition énergétique. La chaîne de valeur des véhicules électriques et des batteries pourrait ainsi passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards de dollars en 2050.

Face à cette opportunité sans précédent, les dirigeants africains réunis à Abidjan ont réaffirmé leur volonté de rompre avec le modèle d’exportation brute des matières premières. Leur ambition ? Faire des minéraux critiques un moteur d’industrialisation, de création d’emplois et de prospérité durable pour le continent.

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