16 mai 2026

Africa Solidaire

Africa Solidaire — actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Actualité africaine : cinq points clés à retenir cette semaine

Emmanuel Macron lors d'une allocution

Cette semaine, l’actualité politique africaine a été marquée par des annonces majeures, des tensions institutionnelles et des réformes en cours. Voici les cinq développements qui ont retenu l’attention.

1. Emmanuel Macron réoriente la stratégie française en Afrique à Nairobi

Le tournant. Emmanuel Macron a clairement acté la fin de l’aide publique comme modèle de coopération avec l’Afrique. Lors d’un entretien exclusif, il a insisté sur la nécessité de passer à une logique d’« investissements solidaires », ciblant directement les acteurs économiques privés souvent freinés par des notations de crédit défavorables.

Les chiffres. Le sommet Africa Forward de Nairobi (11-12 mai) a permis d’annoncer 23 milliards d’euros d’intentions d’investissement, dont 14 milliards côté français. Proparco, filiale de l’AFD, a signé un engagement de 500 millions d’euros, soit près de la moitié de son budget annuel africain en une seule journée.

Le contexte. Le choix de Nairobi, co-organisé avec le président kényan William Ruto, marque un pivot vers l’Afrique de l’Est anglophone. Après les tensions avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Paris cherche désormais des partenaires crédibles pour porter sa réforme de l’architecture financière internationale lors du prochain G7.

2. Africa CEO Forum : le secteur privé africain appelé à passer à la vitesse supérieure

Intervention de Paul Kagame lors de l'Africa CEO Forum 2026

Le message. La 13e édition de l’Africa CEO Forum, qui s’est tenue à Kigali, a placé les décideurs africains face à un impératif : « grandir ou périr ». Avec 2 800 participants et huit chefs d’État, l’événement a souligné l’urgence pour le continent de renforcer ses champions économiques et de dynamiser les échanges intra-africains.

Les défis. Huit ans après le lancement de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), les obstacles persistent : barrières réglementaires, coûts logistiques élevés et échanges commerciaux encore marginaux. Sans acteurs continentaux capables de rivaliser à l’international, le continent risque de rester un simple fournisseur de matières premières et de talents.

La déclaration. Paul Kagame, président du Rwanda, a résumé l’enjeu : « D’un côté, on nous donne des leçons sur les droits humains, de l’autre on nous prend nos minerais. Il est temps d’arrêter de se faire arnaquer. »

3. Cameroun : le fauteuil de vice-président toujours vacant malgré les rumeurs

Le président camerounais Paul Biya et son épouse

L’attente. Le décret instaurant le poste de vice-président au Cameroun a été publié, mais le fauteuil reste vide. Parmi les noms évoqués : Paul Atanga Nji, Louis-Paul Motaze, Philémon Yang ou encore Oswald Baboké. La liste des prétendants s’allonge, tandis que Paul Biya tarde à trancher.

Les coulisses. Franck Biya, fils du président, devait être nommé pour accueillir le pape Léon XIV. Un communiqué était prêt, mais il n’a jamais été diffusé. Selon des informations recueillies sur place, c’est Chantal Biya qui aurait bloqué la décision, préférant soutenir son autre fils, Franck Hertz. Derrière ces manœuvres, c’est la succession de Paul Biya qui se joue en silence.

4. Sénégal : la réforme constitutionnelle pourrait avantager Ousmane Sonko

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko en 2025

Les changements. L’avant-projet de réforme constitutionnelle, rendu public fin avril, redistribue les pouvoirs au sommet de l’État sénégalais. Deux mesures clés : le président devra désormais déterminer la politique nationale « en concertation » avec son Premier ministre, et ce dernier obtiendra un droit direct de saisine de la Cour constitutionnelle, indépendamment de la volonté présidentielle. Par ailleurs, Bassirou Diomaye Faye serait interdit de diriger un parti ou de faire campagne, tandis qu’Ousmane Sonko garderait cette possibilité.

Les risques. Malgré ces avancées, l’article 49 reste inchangé : Faye pourrait toujours démettre Sonko de ses fonctions du jour au lendemain. Si les tensions entre les deux hommes s’aggravaient, le Sénégal pourrait se retrouver dans une situation inédite : un leader de parti majoritaire au Parlement, renforcé constitutionnellement, contraint à l’opposition depuis le poste de Premier ministre.

5. Philippe Lalliot nommé ambassadeur de France au Maroc

Philippe Lalliot, futur ambassadeur de France au Maroc

Le profil. Philippe Lalliot, 60 ans, a été choisi par Emmanuel Macron pour succéder à Christophe Lecourtier au poste d’ambassadeur de France au Maroc. Pur produit du Quai d’Orsay, il dirige actuellement le Centre de crise et de soutien et incarne une approche gestionnaire des relations bilatérales, en phase avec la nouvelle doctrine française vis-à-vis de Rabat.

Les enjeux. Lalliot hérite d’une relation franco-marocaine en pleine amélioration, mais encore inachevée : les négociations autour d’un traité d’amitié se poursuivent, et la visite d’État du roi Mohammed VI en France n’a toujours pas de date officielle. Par ailleurs, la France représente près de 30 % des investissements directs étrangers au Maroc, un partenariat économique que Paris souhaite accélérer.

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