31 juillet 2026

Africa Solidaire

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Arrestation de l’imam mohamad ishaq kindo : ce qu’il faut retenir

L’imam Mohamad Ishaq Kindo interpellé à Ouagadougou : les faits marquants

Mohamad Ishaq Kindo

Crédit photo : Capture écran YouTube

L’arrestation de l’imam sunnite Mohamad Ishaq Kindo, figure religieuse influente du Burkina Faso, a suscité une vive émotion dans le pays. L’interpellation, survenue mardi 26 mai à Ouagadougou, intervient deux jours après que le prédicateur ait critiqué publiquement le projet de loi sur les libertés religieuses adopté en mars dernier.

Selon la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), dont il est proche, l’imam Kindo a été arrêté en fin d’après-midi « dans des circonstances dont les motifs n’ont pas encore été officiellement communiqués ». L’organisation a immédiatement engagé des démarches pour obtenir des éclaircissements auprès des autorités, tout en appelant au calme.

Une interpellation musclée et des blessés

Un témoin présent lors de l’opération a déclaré que l’arrestation, menée vers 14h par des éléments encagoulés mêlant policiers et militaires, s’est déroulée dans un climat de tension. Les fidèles présents se sont opposés à l’interpellation, entraînant des heurts et des blessés parmi les fidèles musulmans.

Cette arrestation survient à la veille de l’Aïd El-Kébir, une fête religieuse majeure pour la communauté musulmane, ce qui a encore exacerbé les réactions. Deux jours plus tôt, un enregistrement audio de l’imam, largement diffusé sur les réseaux sociaux, le montrait dénonçant le projet de loi sur les libertés religieuses. Il y mettait en garde les autorités : « Que chacun se méfie et s’abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu. »

Des manifestations réprimées

Quelques heures après l’arrestation, des centaines de personnes ont manifesté à Ouagadougou pour exiger la libération de l’imam Kindo. Les forces de l’ordre ont dispersé la foule à l’aide de gaz lacrymogènes, selon un témoin contacté sur place. La FAIB a appelé les fidèles à la retenue et à la sérénité, tout en poursuivant ses démarches pour obtenir des réponses.

Au lendemain de la Tabaski, le calme semble revenu, mais la communauté musulmane suit avec attention l’évolution de cette affaire. Aucune réaction officielle n’a été communiquée concernant le sort réservé à l’imam Kindo.

Chef de l'État burkinabè Ibrahim Traoré

Crédit photo : Reuters

Le président Ibrahim Traoré a marqué l’Aïd El-Kébir en rendant hommage aux forces de sécurité engagées contre le djihadisme. Il a également mis en garde les « ennemis de la Nation » contre toute tentative de déstabilisation, les menaçant de « assumer l’entière responsabilité » de leurs actes. Pour l’heure, aucune déclaration officielle n’a évoqué directement le cas de l’imam Kindo.

Le contexte : un projet de loi controversé

Le texte adopté en conseil des ministres le 19 mars dernier vise à encadrer les pratiques religieuses au Burkina Faso. Son objectif affiché : lutter contre les dérives observées sur les réseaux sociaux, notamment le radicalisme, l’extrémisme violent et les discours de haine. La directrice générale des Affaires religieuses, Mariem Sanogo, a précisé que ce projet, bien que réactualisé, n’est pas nouveau mais répond à une nécessité de renforcer la cohésion nationale.

Parmi les mesures phares du texte : l’interdiction d’ériger des lieux de culte dans les services publics, à l’exception des structures sanitaires, pénitentiaires, militaires et casernes. Cette disposition s’inscrit dans une logique de neutralité de l’État, qui se veut laïc et garantit l’égalité entre toutes les confessions. Les autorités insistent : il n’est pas question d’interdire les prières dans l’espace public, mais de les encadrer pour préserver le vivre-ensemble.

Cette arrestation s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions accrues au Burkina Faso depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, il y a près de quatre ans. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité de lutter contre la menace jihadiste qui touche une grande partie du pays.

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