1 juin 2026

Africa Solidaire

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Au Mali, les médias sous pression et l’ascension d’un pouvoir personnalisé

au Mali, les médias sous pression et l’ascension d’un pouvoir personnalisé

Vue générale de Bamako après les attaques lancées contre des bases militaires à travers le pays, à Bamako, au Mali, le 25 avril 2026.

Les pays en proie à des crises profondes, comme le Mali, ont rarement le vent en poupe dans les colonnes de la presse internationale. Pourtant, cette nation d’Afrique de l’Ouest, secouée par des vagues d’attaques terroristes et des tensions indépendantistes, se retrouve au cœur de l’actualité depuis des mois, voire des années. Une situation paradoxale se dessine lorsque l’on observe la réalité de la liberté de la presse sur place : les autorités maliennes restreignent de plus en plus l’accès à une information indépendante, préférant contrôler le récit national pour mieux imposer leur vision.

Le Mali n’est pas un cas isolé dans la région. Avec le Burkina Faso et le Niger, il fait partie des trois pays du Sahel où l’espace médiatique se réduit comme peau de chagrin. Depuis le 25 avril 2026, la diffusion de nombreux médias francophones, dont certains sont accusés de « désinformation », a été suspendue. Cette mesure s’inscrit dans une tendance plus large : censure systématique, répression des voix critiques et campagnes gouvernementales visant à façonner une narration unique. Ousmane Diallo, chercheur à Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, n’hésite pas à qualifier cette situation de « goulag de l’information ». « Nous savons que nous sommes surveillés, déclare-t-il. Au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, les journalistes subissent intimidations, menaces, voire pire. Les citoyens sahéliens sont peu à peu « zombifiés » : embrigadés dans un récit imposé, ils perdent leur capacité à penser librement. »

une Russie intouchable à Bamako

À Bamako, le pouvoir malien affiche une loyauté sans faille envers Moscou. Cette alliance, présentée comme un pilier de la souveraineté nationale, n’admet aucune contestation. Preuve en est avec l’arrestation d’Ibrahima Tamega, militant pro-démocratie connu pour son engagement en faveur du retour à l’ordre constitutionnel. Le 23 mai 2026, il est interpellé dans la capitale pour avoir participé à la réalisation de graffitis hostiles à la Russie. Après plusieurs jours passés au commissariat du troisième arrondissement de Bamako, il est finalement relâché, mais l’affaire en dit long sur la nervosité du régime.

Depuis la rupture des relations avec la France, le Mali mise tout sur son partenariat avec la Russie. Moscou est dépeinte comme un partenaire fiable, respectueux et sans arrière-pensée, contrairement à d’autres puissances étrangères. Dans ce contexte, toute critique envers Moscou devient un acte de rébellion. L’arrestation de Tamega illustre cette intolérance : l’inscription murale, même anodine, est perçue comme une menace. La réponse policière n’est pas seulement une sanction individuelle, mais un avertissement lancé à tous ceux qui oseraient remettre en question l’axe Bamako-Moscou.

un pouvoir qui tourne le dos à la stabilité

Le général Assimi Goïta, à la tête du Mali depuis le coup d’État de 2020, cumule désormais les fonctions de chef de l’État et de ministre de la Défense. Une concentration du pouvoir qui inquiète les observateurs. Selon les chercheurs Salah Ben Hammou (Université Rice) et Hiba Naciri (Université de Montréal), cette personnalisation du pouvoir est un danger pour la stabilité du pays.

« À mesure que le pouvoir se recentre sur une seule personne, la prise de décision ne repose plus sur l’intérêt national ou militaire, mais sur la loyauté envers le dirigeant », analysent-ils. Cette logique affaiblit les institutions et fragilise la capacité du Mali à faire face aux défis sécuritaires. Les Forces armées maliennes, au lieu d’être organisées pour une efficacité opérationnelle, le sont pour protéger le régime. Sur le terrain, cela se traduit par une coordination défaillante et une réponse moins efficace face à la menace terroriste.

Entre rétrécissement de l’espace médiatique, répression des opposants et concentration des pouvoirs, le Mali s’engage dans une voie périlleuse. La quête de souveraineté affichée par Bamako risque de se payer au prix fort : celui de la liberté et de la stabilité.

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