13 juin 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Bénin et Togo : une alliance stratégique pour briser la dépendance électrique

L’actualité récente a rappelé avec force une vérité indéniable : le Bénin et le Togo subissent de plein fouet les conséquences d’une dépendance énergétique devenue insoutenable. L’incendie survenu le 23 avril dernier dans la sous-station ghanéenne d’Akosombo a privé la région entière de 1 000 mégawatts, privant immédiatement le Togo et le Bénin de leurs approvisionnements en électricité. Dès le lendemain, les deux pays ont mesuré l’ampleur des risques liés à cette fragilité structurelle.

Cette situation n’est malheureusement pas nouvelle. En 2024, la défaillance du Gazoduc ouest-africain avait déjà poussé le Togo à mobiliser 31 milliards de FCFA en urgence pour pallier le manque de gaz nigérian. Ces incidents répétés soulignent l’échec persistant d’une Communauté Électrique du Bénin (CEB) créée en 1968, limitée à un rôle de transporteur sans capacité de production autonome.

Adjarala : le projet phare pour une souveraineté énergétique partagée

Face à ces défis, les deux nations ont choisi de passer à l’action. Le barrage d’Adjarala, sur le fleuve Mono, s’impose comme une solution concrète et durable. Avec un investissement de 266 milliards de FCFA et une puissance de 147 mégawatts, ce projet garantit une production électrique stable sur trois décennies. Il offre également l’avantage d’irriguer 14 700 hectares de terres agricoles au Togo, renforçant ainsi la sécurité alimentaire des deux pays. Cette initiative est d’autant plus stratégique qu’elle répond aux besoins criants des zones industrielles en pleine expansion.

Au Bénin, la zone économique spéciale de Glo-Djigbé, qui concentre plus d’1 milliard de dollars d’investissements dans la transformation du coton et du cajou, ne peut plus se permettre de dépendre des aléas énergétiques extérieurs. De même, la plateforme industrielle d’Adétikopé au Togo doit pouvoir compter sur une source d’énergie fiable pour attirer et retenir les investisseurs. Une union énergétique entre le Bénin et le Togo devient donc indispensable pour peser face à la concurrence régionale.

Financer l’avenir : une mobilisation inédite de l’épargne locale

Alors que les bailleurs de fonds internationaux se détournent progressivement des énergies fossiles, les deux pays explorent des solutions innovantes pour financer leur transition. Une mobilisation ciblée de l’épargne nationale est en cours, avec la participation active des Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et des compagnies d’assurances. Ces dernières disposent de réserves colossales, actuellement placées sur des titres publics à court terme. L’émission d’obligations énergétiques communes, garanties conjointement par les deux États, pourrait transformer cette épargne sociale en un levier puissant pour des infrastructures régionales durables.

Un tournant politique vers l’autonomie énergétique

Le 3 juin 2026, une visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Lomé a marqué un tournant historique. Les deux dirigeants ont acté une convergence sans précédent de leurs stratégies économiques et énergétiques. Les engagements pris sont clairs : le Bénin prévoit d’injecter 100 mégawatts supplémentaires tous les deux ans dans le réseau commun, tandis que le Togo s’est fixé pour objectif l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Cet alignement politique ouvre une fenêtre d’opportunité unique pour enfin concrétiser une autonomie énergétique partagée, au service du développement industriel et économique des deux nations.

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