28 avril 2026

Burkina Faso : deux ans après le coup d’état, la répression des droits humains s’aggrave

Un régime en transition marqué par la restriction des libertés fondamentales

Le Burkina Faso traverse une période critique deux ans après le coup d’État du 30 septembre 2022. Malgré les promesses initiales des autorités militaires, le retour à l’ordre constitutionnel semble s’éloigner. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) alerte sur la dégradation alarmante de la situation des droits et libertés dans le pays. Les défenseur·es des droits humains, les journalistes et les opposant·es politiques subissent une répression systématique, étouffant toute voix critique.

Les autorités burkinabè ont instauré un climat de peur généralisé. Les attaques, arrestations arbitraires, enlèvements et disparitions forcées se multiplient. Les réseaux sociaux deviennent des vecteurs de discours de haine et de violence, orchestrés par des activistes proches du pouvoir. La FIDH exige l’arrêt immédiat de ces pratiques et la libération de toutes les personnes détenues illégalement.

Des engagements non tenus : la FIDH condamne fermement la répression

Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, dénonce avec vigueur cette dérive : « Le musellement de la société civile et la répression des défenseur·es des droits humains, des journalistes et des opposant·es sont inadmissibles, surtout dans un contexte de transition censé rétablir une gouvernance transparente et responsable. » Il insiste sur l’urgence de préserver les droits à la liberté d’expression, d’opinion, d’association et de presse.

La FIDH rappelle également aux autorités burkinabè leurs obligations nationales, régionales et internationales en matière de droits humains. Le Burkina Faso, signataire de plusieurs conventions, doit garantir le respect de ces engagements.

Conflit armé et violations des droits : une escalade alarmante

Bien que la résolution du conflit armé soit présentée comme une priorité par le régime, la violence contre les populations civiles s’intensifie. Le 24 août 2024, une attaque attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a ciblé des civil·es, les forces de défense et les Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP), faisant de nombreuses victimes. La FIDH et la coalition citoyenne pour le Sahel ont condamné ces crimes graves.

Enrôlement forcé : une violation des droits des défenseur·es et des magistrat·es

Depuis fin novembre 2023, les autorités ont instauré une politique d’enrôlement forcé des défenseur·es des droits humains, des journalistes et des opposant·es politiques comme supplétif·ves de l’armée. Cette mesure, prévue par le « Décret portant mobilisation générale et mise en garde » (avril 2023), vise à punir ceux et celles qui dénoncent les exactions commises. Parmi les victimes figurent Dr Daouda Diallo, défenseur des droits humains, et Ablassé Ouédraogo, figure politique.

Les magistrat·es ne sont pas épargné·es. Au moins cinq d’entre eux·elles, dont des procureur·es, ont été réquisitionné·es de force en août 2024 pour des motifs liés à leur travail judiciaire. Cette pratique, en violation de la séparation des pouvoirs, porte atteinte à l’indépendance de la justice. Alice Mogwe, Présidente de la FIDH, déclare : « Envoyer des magistrat·es au front en représailles à des décisions de justice défavorables à des proches du régime est une violation flagrante de la Constitution et des conventions internationales. »

La liberté de la presse sous haute tension

Les médias locaux sont soumis à un contrôle strict, et les grands titres internationaux sont interdits de diffusion. Les journalistes sont contraint·es de suivre une ligne éditoriale « patriotique », synonyme de soutien inconditionnel au pouvoir. L’autocensure s’installe, tandis que les attaques et menaces se multiplient.

Le cas de M. Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel L’Événement, est emblématique. Enlevé à son domicile par l’Agence nationale du renseignement (ANR) le 24 juin 2024, il reste porté disparu. Son journal avait été suspendu quelques jours plus tôt. D’autres professionnel·les des médias, comme Kalifara Séré et Adama Bayala, ont également été enlevé·es après la suspension de leur émission.

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a exprimé sa « vive préoccupation » face à cette situation, qualifiant les actes de « menace grave contre l’intégrité physique et morale des journalistes ».

Les familles des opposant·es en exil également ciblées

Les proches d’anciens dignitaires subissent désormais des violences et des enlèvements. Entre le 11 et le 16 septembre 2024, deux membres de la famille de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaoré, ont été violenté·es et enlevé·es à Ouagadougou. Ces actes sont directement liés aux incitations à la violence lancées par des activistes proches du régime.

Le Professeur Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine, lance un appel urgent : « Nous demandons à l’Union africaine et aux Nations unies de coordonner leurs efforts pour mettre fin à cette spirale de violence, libérer les personnes enlevées et garantir leur sécurité. »

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