Burkina Faso : la crise du bétail avant le ramadan menace les éleveurs
Alors que la communauté musulmane du Burkina Faso se prépare à accueillir le Ramadan, une décision récente des autorités risque de plonger les éleveurs locaux dans une précarité accrue. L’interdiction d’exporter du bétail, présentée comme une mesure de régulation économique, s’avère en réalité un coup dur pour des milliers de familles dont les revenus dépendent de cette activité.
Une mesure aux conséquences économiques lourdes
Les autorités ont justifié cette interdiction par la volonté de stabiliser les prix sur le marché national. Pourtant, cette décision semble ignorer les réalités du terrain. En effet, le bétail n’est pas une simple marchandise : il exige des soins constants, une alimentation adaptée et un accès à l’eau, dont les coûts augmentent significativement en cette période de l’année. En bloquant les exportations vers les marchés sous-régionaux, où la demande et les prix sont traditionnellement plus élevés pendant le Ramadan, le gouvernement prive les éleveurs de leur principale source de revenus au moment où ils en ont le plus besoin.
Un paradoxe religieux et social
Le chef de l’État, Ibrahim Traoré, est de confession musulmane. Cette coïncidence soulève une question fondamentale : comment concilier une politique aussi restrictive avec les principes d’équité, de solidarité et de protection des plus vulnérables, au cœur de l’islam ? Alors que le Ramadan est une période de partage et de prospérité pour les fidèles, cette mesure risque de fragiliser des familles entières pour lesquelles le bétail représente un capital vital, mobilisé pour les besoins de la fête et des célébrations qui suivront.
L’illusion du contrôle total
Face à cette situation, certains éleveurs n’ont d’autre choix que de tenter des exportations clandestines. Les autorités affichent leur satisfaction quant aux saisies effectuées par la Brigade Mobile de Contrôle Économique et de la Répression des Fraudes, mais cette rigueur ne fait qu’aggraver la pression sur un secteur déjà en difficulté. Entre vendre à perte sur un marché intérieur saturé ou risquer des sanctions en franchissant illégalement les frontières, les éleveurs se retrouvent pris au piège.
Cette politique de fermeture totale interroge : est-il possible de garantir une souveraineté alimentaire sans étouffer financièrement ceux qui en sont les premiers acteurs ? Si la lutte contre la fraude est une mission légitime de l’État, l’absence de mesures d’accompagnement ou de flexibilité en cette période cruciale pourrait bien creuser un fossé de méfiance entre le monde rural et les institutions de Ouagadougou.