Burkina Faso: un an après le coup d’état, défis sécuritaires et quête de souveraineté
Dans le contexte volatile du Sahel, marqué par des changements de régime successifs, notamment au Mali et récemment au Niger, le Burkina Faso traverse une période critique. Un an après le coup d’État du 30 septembre 2022, la nation ouest-africaine reste confrontée à une insécurité persistante, exacerbée par la présence de groupes armés et de mercenaires, suscitant de vives inquiétudes quant à l’avenir de la région.
La prise de pouvoir et les promesses initiales
Le 26 juillet, un groupe de militaires a annoncé à la télévision la destitution du gouvernement en place et la prise de pouvoir sous la bannière du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Lors de son accession à la tête de l’État en septembre 2022, le président de la transition, le Capitaine Ibrahim Traoré, alors le plus jeune dirigeant mondial à 34 ans, avait promis de résoudre les « petits problèmes logistiques » et d’améliorer la « considération » au sein de l’armée pour reprendre le contrôle du territoire. Son engagement incluait la reconquête des zones sous emprise jihadiste et l’organisation d’élections en juillet 2024.
Réponse sécuritaire et bilan mitigé
Depuis son arrivée, le nouveau régime a mis l’accent sur une stratégie sécuritaire robuste pour contrer les attaques des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Cette approche s’est traduite par un recrutement massif de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), une force civile d’appoint, ainsi que par l’acquisition de drones et d’hélicoptères. Le Capitaine Traoré s’est également montré très présent sur le terrain, cherchant à galvaniser ses troupes. Cependant, le quotidien privé L’Observateur Paalga a souligné dans un éditorial que le problème qui a justifié l’intervention du Capitaine Traoré est « loin d’être résolu ».
Lassina Diarra, spécialiste de la sécurité au Sahel, a observé que l’arrivée d’Ibrahim Traoré avait suscité un « grand espoir » parmi la population. Malgré d’importants efforts pour reprendre le contrôle de certaines zones, la situation sécuritaire s’est « considérablement détériorée ».
Un coût humain et social alarmant
- Les statistiques dressent un tableau sombre : plus de 17 000 personnes ont péri dans des attaques depuis 2015, dont plus de 6 000 rien que depuis le début de l’année, selon les données du projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data).
- Les forces armées et les VDP sont les principales cibles, mais les civils paient un lourd tribut.
- Plus de 6 000 écoles, soit près d’une sur quatre, sont fermées au Burkina Faso, d’après le Conseil norvégien pour les réfugiés.
- Deux millions de personnes ont été déplacées par la violence depuis 2015. Le gouvernement a néanmoins affirmé le mois dernier que plus de 190 000 individus avaient pu regagner leurs foyers après le refoulement des jihadistes de certaines régions.
Entre soutien et controverses
Les partisans du régime saluent les « décisions fortes » du Capitaine Traoré. Lassane Sawadogo, coordinateur du Front pour la Défense de la Patrie, un mouvement pro-régime, a déclaré qu’il n’y avait « pas d’échec », soulignant l’amélioration de l’équipement des soldats burkinabè pour la lutte antiterroriste grâce à l’arrivée du Capitaine Traoré.
Cependant, des allégations d’abus de la part des VDP et des forces armées ont été rapportées. En avril, le Collectif contre l’Impunité et la Stigmatisation des Communautés a dénoncé le meurtre de 136 personnes, dont des femmes et des enfants, dans le village de Karma, imputé à des hommes en uniforme militaire. Une enquête a été ouverte et le gouvernement a condamné des actes « vils et barbares », bien que le Capitaine Traoré ait appelé à la prudence avant d’accuser l’armée.
Érosion des libertés et nouvelles alliances
Des préoccupations concernant l’érosion des libertés individuelles ont également été exprimées. L’Unité d’Action Syndicale a signalé des recrutements forcés, des enlèvements et la suspension de médias. Plusieurs médias français, tels que RFI, France 24 et Jeune Afrique, ont été suspendus, et des correspondants de journaux comme Libération et Le Monde ont été expulsés au cours des douze derniers mois.
Sous la direction de Traoré, les relations avec la France se sont détériorées, entraînant le retrait des forces françaises qui assistaient l’armée burkinabè en février. La junte a depuis diversifié ses partenaires internationaux, établissant des contacts avec la Russie, l’Iran et le Venezuela. Plus récemment, un pacte de défense mutuelle a été signé avec le Mali et le Niger, également dirigés par des militaires arrivés au pouvoir par des coups d’État depuis 2020.
Lassane Sawadogo a affirmé que le Capitaine Traoré a « libéré le pays du joug de l’impérialisme » et a salué son travail intensif. Le régime continue de bénéficier d’un certain soutien populaire, comme en témoigne le rassemblement de milliers de personnes à Ouagadougou suite à des rumeurs de coup d’État, rumeurs que le gouvernement militaire a ensuite déclaré avoir déjoué, conduisant à l’arrestation de quatre officiers. Cette succession d’événements souligne la fragilité politique et la détermination du régime à asseoir son autorité face aux défis internes et externes.