26 mai 2026

Africa Solidaire

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CEDEAO et AES : le dialogue face aux réalités politiques du Sahel

La CEDEAO face à l’Alliance des États du Sahel : entre nécessité du dialogue et défis de la crédibilité

La tournée récente du médiateur de la CEDEAO, Lansana Kouyaté, à Ouagadougou a relancé un débat crucial sur l’avenir des relations entre l’organisation ouest-africaine et les juntes du Sahel. L’émissaire a plaidé pour une « collaboration indispensable », soulignant un principe intangible : les peuples ne se séparent pas par décret. Pourtant, cette approche, bien que pragmatique, se heurte à une méfiance profonde, ancrée dans des années de promesses non tenues et de revirements politiques.

Dialogue ou confrontation : le dilemme de la CEDEAO

La CEDEAO a choisi la voie du compromis plutôt que celle de l’escalade, une décision qui mérite d’être saluée. En évitant l’affrontement direct, l’organisation tente de préserver des liens économiques et humanitaires vitaux pour la sous-région. Mais cette stratégie se heurte à une réalité implacable : la CEDEAO doit composer avec des partenaires dont la parole est aussi volatile que les alliances géopolitiques.

Les enjeux humanitaires et économiques : une coopération vitale

Les pays enclavés du Burkina Faso, du Mali et du Niger dépendent à plus de 70 % des ports des États côtiers de la CEDEAO pour leurs échanges commerciaux. Une rupture brutale de ces flux mettrait en péril des millions de vies déjà fragilisées par l’insécurité et la précarité. La CEDEAO refuse, à juste titre, de faire payer aux populations les erreurs de leurs dirigeants. Elle mise sur la solidarité régionale pour éviter une crise humanitaire encore plus profonde.

Sur le plan sécuritaire, les défis sont tout aussi complexes. Les groupes djihadistes opèrent sans tenir compte des frontières administratives ni des alliances politiques. Une lutte efficace contre le terrorisme exige une coordination transfrontalière bien plus solide que les déclarations d’intention. La CEDEAO tente de préserver ce qui peut l’être, en maintenant des canaux de communication essentiels.

L’ombre du scepticisme : une diplomatie à double tranchant

Malgré les bonnes intentions affichées, la CEDEAO se heurte à un obstacle majeur : le manque de confiance dans les engagements pris par les juntes du Sahel. L’histoire récente est riche en exemples de promesses abandonnées au nom de la « souveraineté » ou de l’urgence sécuritaire. Les transitions militaires promises au Mali et au Burkina Faso se sont transformées en marathons sans fin, repoussant indéfiniment le retour à l’État de droit.

Les limites d’une approche trop optimiste

La CEDEAO a déjà été victime de la volatilité des régimes militaires. Les accords signés à Bamako ou à Ouagadougou ont souvent été balayés quelques mois plus tard, au nom d’une rhétorique nationaliste. Négocier avec des partenaires qui considèrent le droit international comme une contrainte optionnelle revient à construire sur du sable mouvant.

La rupture du contrat social : un échec cuisant

Les juntes de l’Alliance des États du Sahel avaient promis de restaurer la sécurité et de redonner un sens à l’État. Pourtant, leur bilan est accablant : suspension des partis politiques, répression de la société civile, musèlement de la presse et traque des opposants au nom de la « défense de la patrie ». Pire encore, elles n’ont pas réussi à endiguer la montée des violences, malgré des changements d’alliances géopolitiques spectaculaires.

Le pire échec réside dans l’abandon de l’engagement premier d’un État : protéger ses citoyens tout en garantissant leurs libertés fondamentales. Les régimes actuels du Sahel ont transformé cette promesse en simple slogan, au mépris des droits humains.

Dialogue utile, mais sous conditions

La CEDEAO a raison de chercher à éviter une rupture brutale, source de chaos économique et social. Maintenir des liens techniques et commerciaux est une nécessité pour la stabilité de la sous-région. Cependant, cette diplomatie doit être encadrée par des garanties concrètes et contraignantes.

La CEDEAO ne peut se permettre de valider des faits accomplis ou d’offrir une légitimité internationale à des régimes qui instrumentalisent le temps des négociations pour consolider leur pouvoir. Le dialogue reste possible, mais il doit être conditionné à des engagements vérifiables. Sans cela, cette médiation ne fera que perpétuer un cycle déjà bien connu : celui des promesses creuses suivies de trahisons répétées.

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