Congo : la résistance populaire face au projet de troisième mandat de Tshisekédi
Congo : la résistance populaire face au projet de troisième mandat de Tshisekédi
Le projet de révision constitutionnelle en République démocratique du Congo (RDC) s’est heurté à une mobilisation citoyenne sans précédent. Les opposants politiques et la société civile, regroupés au sein de la C 64, ont appelé à une journée « ville morte » pour exprimer leur rejet catégorique de la volonté du président Félix Tshisékédi de briguer un troisième mandat. Résultat : Kinshasa, habituellement animée, a connu un arrêt quasi total des activités commerciales et économiques, signe d’un engagement massif de la population.
La bataille pour ou contre la révision constitutionnelle en RDC s’annonce acharnée
Les organisateurs de cette journée symbolique espéraient une victoire politique immédiate, mais le président Tshisékédi ne semble pas prêt à céder. Pour contourner les limites constitutionnelles, il privilégie désormais la voie référendaire, une stratégie déjà observée en Afrique où les dirigeants cherchent à légitimer leur maintien au pouvoir. Comme l’a démontré l’histoire récente, notamment avec feu Omar Bongo au Gabon, les consultations populaires sont rarement équitables. Le chef de l’État congolais, convaincu de la légitimité de son ambition, ne reculera pas. Face à cette détermination, l’opposition devra redoubler d’efforts pour faire basculer le rapport de forces en sa faveur.
Qui l’emportera entre le pouvoir et la rue ?
Pour contrebalancer la pression de l’opposition, le pouvoir congolais mise sur un autre levier : la mobilisation de ses soutiens. Des leaders religieux, favorables à la révision constitutionnelle, ont annoncé une manifestation de rue pour le 5 juin, afin de montrer leur allégeance au président. La confrontation entre les deux camps promet d’être intense, et l’issue dépendra largement de la capacité de chacun à mobiliser ses troupes. Pourtant, cette stratégie rappelle étrangement les erreurs du passé. Rappelons qu’en 2018, Tshisékédi lui-même, alors opposant, avait contribué à faire reculer Joseph Kabila en organisant une résistance populaire contre un troisième mandat. Pourtant, aujourd’hui, il emprunte le même chemin que son ancien adversaire.
Le plus préoccupant reste la situation du pays : une crise sécuritaire persistante dans l’est, une épidémie d’Ebola qui ne faiblit pas et une crise sociopolitique qui s’aggrave. Face à ces défis majeurs, le président semble privilégier ses ambitions personnelles plutôt que les urgences nationales. Les acteurs religieux, dans un Pacte social transmis au chef de l’État, l’ont pourtant exhorté à engager un dialogue inclusif pour résoudre les crises. Plusieurs mois plus tard, aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Pourquoi cette inertie ? Est-ce un excès de confiance en ses capacités à contrôler la situation ? Une chose est sûre : en Afrique, l’histoire se répète souvent, et les dirigeants semblent incapables d’apprendre des erreurs de leurs prédécesseurs.
La RDC se trouve à un carrefour. Soit elle parvient à éviter une crise majeure en trouvant un compromis politique, soit elle plonge dans un chaos aux conséquences imprévisibles. Une chose est certaine : la détermination de la population à s’opposer à un troisième mandat pourrait bien être le facteur décisif.