15 mai 2026

Africa Solidaire

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Crise au Mali : bloquer Bamako, un risque pour les droits humains

Le blocus imposé depuis deux semaines à Bamako par les groupes jihadistes du Jnim menace gravement la liberté de circulation des civils malien(ne)s et aggrave une crise humanitaire déjà alarmante. L’ONG Amnesty International a tiré la sonnette d’alarme ce vendredi, mettant en garde contre les conséquences inacceptables de cette stratégie sur les droits fondamentaux des populations.

Des camions bloqués aux entrées de Bamako sous la menace des jihadistes

Dans un communiqué, l’organisation dénonce l’impact du blocus routier sur l’accès aux denrées vitales pour les habitant(e)s de la capitale malienne, dépendante à 90 % des importations par la route. « Les restrictions actuelles violent le droit international humanitaire et risquent d’aggraver les crises alimentaire et sanitaire déjà critiques », souligne Amnesty International.

Attaques ciblées contre des convois civils

L’ONG relate notamment l’attaque perpétrée le 6 mai contre un convoi de camions civils transportant fruits et marchandises entre Bamako et Bougouni. Les véhicules, non escortés par l’armée et sans matériel militaire, ont été visés par les insurgés, révélant une escalade dans les méthodes employées.

Transport routier paralysé à Bamako : des compagnies suspendent leurs liaisons

Face à cette situation, plus d’une dizaine de compagnies de transport ont annoncé suspendre leurs liaisons vers Bamako, aggravant la pression sur une économie locale déjà fragilisée. Les prix des denrées flambent : à Gao, le kilo d’oignons a doublé en quelques semaines, et les coupures d’électricité et de communications isolent davantage les populations du Nord.

Kidal sous tension : l’armée malienne intensifie ses frappes

À Kidal, ville contrôlée depuis fin avril par les rebelles touareg du FLA et leurs alliés du Jnim, l’armée malienne a annoncé une escalade des frappes aériennes. Les habitant(e)s rapportent des pénuries d’électricité et des difficultés de communication, tandis que les séparatistes revendiquent la capture de 200 soldats maliens après les attaques du 25 avril.

Frappes militaires sur Kidal : une réponse à la prise de contrôle par les rebelles

Dans le centre du Mali, la situation se dégrade avec des zones entières de Ségou et Koulikoro sous contrôle jihadiste. Les populations subissent des fermetures d’écoles (plus de 2 300 établissements fermés selon les dernières estimations) et le prélèvement de l’impôt religieux (zakat) dans des centaines de villages. Les expert(e)s soulignent une volonté croissante de déstabilisation de la part du Jnim, qui étend désormais ses actions au-delà des zones rurales.

Dialogue ou escalade : quel avenir pour le Mali ?

Pour les analystes, les forces en présence semblent entrer dans une phase de réarmement et de réorganisation. Abdoulaye Sounaye, chercheur spécialisé dans les groupes jihadistes, estime que « le gouvernement et l’armée se préparent à une riposte majeure », tandis que les groupes armés observent et se renforcent en prévision d’affrontements supplémentaires.

La solution passe, selon plusieurs observateur(trice)s, par un dialogue inclusif avec toutes les parties, y compris les groupes considérés comme terroristes par Bamako. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste : « Le Mali doit ouvrir des négociations pour régler la crise politique sous-jacente. Sans cela, la situation ne fera qu’empirer. »

Pourtant, le pouvoir malien maintient sa position : aucune discussion officielle avec le FLA ou le Jnim. Les contacts restent limités à des négociations secrètes pour des besoins humanitaires urgents, comme l’approvisionnement en carburant. Un paradoxe qui illustre la complexité d’une crise où les civils paient le prix fort.

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