Crise diplomatique entre Niger et cédéao : vers une sortie de crise ?
Niger
Crise diplomatique entre Niger et Cédéao : vers une sortie de crise ?
Le 30 juillet 2023, quatre jours après le coup d’État contre le président Mohamed Bazoum, la Cédéao exige le rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel. L’organisation régionale impose des sanctions économiques et brandit la menace d’une intervention militaire. Une position perçue comme une déclaration de guerre par le Mali et le Burkina Faso, eux aussi dirigés par des juntes militaires. Dès lors, le Niger ne peut plus être envisagé isolément dans ce conflit diplomatique.
Ces trois pays forment en 2023 l’Alliance des États du Sahel, marquant le début d’une rupture définitive avec la Cédéao. Leur retrait officiel de l’organisation sous-régionale est acté en janvier 2025, mais les échanges entre les deux blocs persistent malgré les tensions.
Lansana Kouyaté, médiateur clé dans la recherche de dialogue
Les pays de l’Alliance des États du Sahel ont finalement accepté la nomination de Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre guinéen, comme médiateur principal chargé de relancer les négociations avec la Cédéao. Selon Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations internationales, cette décision marque un tournant.
« Lors de la dernière réunion de la Cédéao tenue le 18 juillet 2026 à Freetown, l’organisation a chargé le nouveau président de sa Commission, le Sénégalais Birame Diop, de prioriser les discussions sur la sécurité régionale », explique-t-il. Il ajoute : « Nous assistons au début d’un processus prometteur, car les deux parties semblent enfin alignées sur la nécessité d’engager un dialogue constructif. »
Le Niger présente une particularité majeure : sa dépendance envers le Nigeria et le Bénin pour son approvisionnement en électricité et son accès au port de Cotonou. Pape Ibrahima Kane souligne que Lansana Kouyaté devra prendre en compte ces enjeux spécifiques lors des négociations.
Un contexte régional en mutation
La nomination de Bassirou Diomaye Faye à la présidence tournante de la Cédéao en 2024 a joué un rôle clé dans l’apaisement des tensions. Dès son élection, il s’est rendu dans les pays de l’Alliance des États du Sahel. Parallèlement, Romuald Wadagni, nouvellement élu président du Bénin, a choisi de faire du Niger sa première destination officielle après son investiture, avant de se rendre au Burkina Faso et au Mali.
« Contrairement à leurs prédécesseurs souvent critiqués, ces dirigeants bénéficient d’une image plus neutre et moins controversée », analyse Pape Ibrahima Kane. « Une nouvelle équipe va bientôt prendre ses fonctions à Abuja, avec un programme moins idéologique que le précédent », poursuit-il.
Les défis persistants et les espoirs de dialogue
Sahanine Mahamadou, conseiller spécial de Mohamed Bazoum, reste sceptique quant à la volonté réelle des militaires nigériens de rétablir un dialogue sincère. Il estime que la Cédéao a toujours privilégié la négociation : « Ce sont les militaires qui ont rejeté toute discussion. Si ces dirigeants se revendiquent patriotes, ils doivent ouvrir la voie au retour des civils », déclare-t-il. Il rappelle que le monde a évolué et qu’un gouvernement militaire n’est plus acceptable dans les États africains modernes.
En filigrane, Sahanine Mahamadou appelle au retour de Mohamed Bazoum, toujours détenu sans avoir signé sa démission. Une résolution du Parlement européen adoptée en mars a condamné sa détention et exigé sa libération immédiate, provoquant une vive réaction de Niamey qui dénonce une ingérence étrangère.
L’Europe face à l’équation nigérienne
Pour Jérôme Pigné, expert en sécurité au Sahel, l’Union européenne se trouve dans une position délicate. Comment concilier ses principes démocratiques avec la nécessité de maintenir un dialogue avec Niamey ? « La détention illégale de Mohamed Bazoum représente un obstacle majeur pour Bruxelles », reconnaît-il. « Mais au-delà de cette question, l’UE doit clarifier ses objectifs : faut-il sacrifier ses valeurs au nom d’une realpolitik ? »
Jérôme Pigné rappelle que le Niger était un partenaire historique de l’Europe. Aujourd’hui, Bruxelles repense sa coopération avec le pays et ses voisins. « Le dialogue est indispensable et existe bel et bien », assure-t-il. Une étude récente de la Fondation allemande pour l’économie et la politique (SWP) suggère que l’Europe pourrait soutenir les juntes militaires actuelles en renforçant la coopération sécuritaire et économique. Selon cette analyse, des investissements dans la formation des forces de sécurité, la fourniture de matériel militaire ou encore le partage de renseignements pourraient stabiliser la région.
La SWP recommande également à l’UE d’améliorer la situation économique au Sahel et de poursuivre le dialogue politique avec tous les acteurs locaux. « Il serait illusoire de croire que l’Europe peut imposer un changement de comportement aux juntes », conclut l’expert.