Crise malienne : l’échec stratégique de la Russie et le vide sécuritaire au Sahel
Le Mali sous pression : entre attaques terroristes et fragilité des alliances régionales
Le Mali traverse une période critique. Après des attaques coordonnées meurtrières, notamment à Kati où le ministre de la Défense Sadio Camara a perdu la vie, le pays fait face à une instabilité politique et sécuritaire persistante. Bien que le général Assimi Goïta ait repris les rênes du ministère, la situation reste précaire. Les Maliens, habitués aux crises, montrent une résilience remarquable, malgré les tensions entre les autorités militaires, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM.
Cependant, les alliés traditionnels du Mali peinent à apporter une réponse concrète. Ni l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ni la CEDEAO – dont Bamako s’est retiré – ne semblent capables d’endiguer la crise. Entre silences diplomatiques et calculs politiques, l’Afrique de l’Ouest donne l’impression d’un vide stratégique.
L’AES : une alliance aux ambitions limitées par les réalités locales
L’Alliance des États du Sahel, créée pour mutualiser les efforts sécuritaires, peine à concrétiser ses ambitions. Bien que les articles 5 et 6 de la Charte du Liptako-Gourma évoquent une assistance mutuelle inspirée de l’OTAN, leur mise en œuvre reste théorique. Le Burkina Faso, confronté à des attaques terroristes récurrentes, a adopté une position réaliste : prioriser sa propre sécurité avant de s’engager pleinement dans l’AES. Le Niger, de son côté, a déclaré une journée nationale de « jeûne » et de prières contre le terrorisme, illustrant la difficulté à traduire les engagements en actions.
« La crise malienne révèle l’impuissance des alliances régionales », souligne un expert. L’AES, bien que symbolique, n’a pas encore atteint la maturité stratégique nécessaire pour devenir une force opérationnelle cohérente.
La CEDEAO en quête d’un nouveau rôle au Sahel
La CEDEAO, autrefois perçue comme une organisation interventionniste, tente de se repositionner. Après le retrait du Mali, elle cherche désormais à dialoguer avec les États de l’AES, comme en témoigne la réunion de Lomé, réunissant des représentants de la CEDEAO, de l’Union africaine, de la France, de l’Union européenne et de la Russie. L’objectif ? Éviter une fragmentation régionale et rétablir une coopération sécuritaire minimale.
Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères, a ouvert la porte à des échanges, insistant sur le respect de la souveraineté des États du Sahel. Une posture qui marque un tournant dans les relations entre la CEDEAO et l’AES, autrefois en confrontation.
La Russie en déroute : un échec militaire et symbolique au Sahel
Les récents événements au Mali ont révélé une défaite stratégique de la Russie. La mort de Sadio Camara, considéré comme le plus pro-russe des dirigeants maliens, ainsi que le retrait des paramilitaires d’Africa Corps de Kidal, en sont les signes les plus patents. « L’échec russe au Sahel n’est pas seulement militaire, il est aussi symbolique », analyse un spécialiste. Le mythe d’une Russie capable de garantir la sécurité des régimes sahéliens s’effondre, fragilisant sa position diplomatique dans la région.
Cette situation pourrait inciter les États-Unis à renforcer leur présence au Sahel. Après un désengagement relatif sous l’administration Trump, Washington montre un regain d’intérêt, notamment au Niger et au Mali. Les enjeux géostratégiques et les ressources locales pourraient justifier une implication accrue des États-Unis, au détriment de l’influence russe.
Les pays côtiers en alerte : le risque d’un effet domino
Si la crise malienne s’aggrave, ses répercussions pourraient toucher les pays du golfe de Guinée. Le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire surveillent de près la situation au Burkina Faso, craignant un effet domino. La stabilité de l’AES est également questionnée, alors que les populations attendent des solutions concrètes plutôt que des discours.
Le Togo tente de jouer un rôle de médiation, évoquant la création d’un « pont avec le Sahel ». Une initiative à suivre, mais dont l’impact reste incertain dans l’immédiat. « Le Sahel ne peut pas être extrait de l’Afrique de l’Ouest », rappelle un analyste, soulignant l’interdépendance des crises dans la région.
Un scénario de crise maîtrisé ou une bombe à retardement ?
Contrairement aux craintes d’une réplication des attaques au Burkina Faso, les dynamiques locales diffèrent. Le FLA n’opère pas au Burkina Faso, et la crise malienne est le résultat d’une combinaison de crises sécuritaires au Nord et de tensions politiques à Bamako. Paradoxalement, ces attaques pourraient renforcer la cohésion nationale autour de l’armée malienne, réduisant les voix discordantes.
Pour l’heure, aucun mouvement protestataire au Burkina Faso ne semble assez puissant pour soutenir les djihadistes du JNIM. Cependant, la viabilité institutionnelle de l’AES reste un sujet de préoccupation. Les populations, en quête de réponses tangibles, attendent plus que des rhétoriques.
Vers une coopération sécuritaire renforcée ?
L’électrochoc du 25 avril a rappelé l’urgence d’une coopération sécuritaire minimale entre les pays du Sahel. L’Union africaine et la CEDEAO misent sur des « mécanismes continentaux » pour éviter une déstabilisation accrue. Une brigade antiterroriste de 1 650 hommes est prévue d’ici fin 2026, mais une mission armée plus large reste hypothétique.
La clé ? Une gestion conjointe des menaces et un échange de renseignements entre les États. « Extraire le Sahel central de l’Afrique de l’Ouest pour lutter contre les groupes armés serait une erreur stratégique », avertit un expert. La sécurité doit être pensée à l’échelle régionale, avec une mutualisation des moyens pour faire face aux défis communs.