Crise politique au Sénégal : Sonko contre attaque après son limogeage
Une semaine après avoir été écarté par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a lancé une offensive politique remarquée. Le leader du parti Pastef, désormais ancien Premier ministre, a vivement critiqué la gestion gouvernementale actuelle lors d’une déclaration publique à Dakar.
Selon ses propos rapportés par plusieurs médias locaux, il a affirmé ne pas chercher à déstabiliser les institutions, tout en rappelant que sa formation politique dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Cette force parlementaire lui permettrait, si nécessaire, de renverser l’exécutif par une motion de censure. « La situation actuelle ressemble à une cohabitation politique », a-t-il souligné, précisant avoir alerté à plusieurs reprises le chef de l’État sur cette possibilité, en vain.
Les critiques de Sonko visent particulièrement le gouvernement dirigé par le Premier ministre Al Amine Lô. Pour lui, cette équipe manque cruellement de légitimité politique. « Nous avons un gouvernement sans assise politique », a-t-il déclaré, rejetant l’idée d’une coalition présidentielle. « Cette prétendue coalition ne représente rien », a-t-il asséné, qualifiant la désignation de « gouvernement de technocrates » comme un aveu d’isolement politique. Il a réaffirmé que son parti, issu des urnes, reste la première force politique du pays et que gouverner sans lui équivaut à gouverner contre le peuple.
Un exécutif en position de faiblesse
La situation politique s’est fortement complexifiée pour le camp présidentiel. Plusieurs observateurs soulignent que l’exclusion de Pastef du gouvernement crée une fragilité institutionnelle inédite. Le parti, majoritaire à l’Assemblée avec 130 sièges sur 165, conserve une influence déterminante.
Les experts d’Afrik.com analysent la situation ainsi : « L’absence de Pastef au sein de l’exécutif représente un défi majeur pour Bassirou Diomaye Faye. Bien que le président conserve ses prérogatives constitutionnelles, la mise en œuvre de son programme dépendra de sa capacité à obtenir le soutien des députés de Pastef. »
La stabilité politique est désormais au cœur des débats. « Au-delà de la composition du gouvernement, c’est la capacité de l’exécutif à faire adopter ses réformes qui est en question », estiment les analystes. Sans l’implication directe du parti majoritaire, les projets de loi pourraient rencontrer des obstacles majeurs.
Le site Seneplus va plus loin dans son analyse : « Bassirou Diomaye Faye semble avoir rompu avec l’histoire qui l’a porté au pouvoir. Il gouverne aujourd’hui dans un contexte paradoxal : légitime sur le plan constitutionnel, mais dépourvu de légitimité politique. »
Selon cette même source, Ousmane Sonko incarne, à l’Assemblée nationale, la mémoire et la légitimité populaire du mouvement Pastef. « Avec ses 130 députés, il représente une force qui peut à tout moment rappeler que ce gouvernement n’a pas le soutien du peuple », analyse Seneplus.
Une fracture inédite au sein de la majorité
La situation qui s’installe au Sénégal est sans précédent. Comme le relève Sahel Tribune, il ne s’agit pas d’une cohabitation classique, où l’opposition conteste un président, mais d’une rupture interne au sein même du mouvement au pouvoir.
« Ce n’est pas une cohabitation classique, mais une fracture au sein de Pastef, entre un président et un parti qui détient la majorité absolue à l’Assemblée nationale et refuse de participer au gouvernement », explique le média malien. La question se pose désormais : comment un exécutif dépourvu de base parlementaire peut-il gouverner face à une force politique majoritaire, mobilisée et déterminée ? »
La réponse à cette interrogation se jouera dans les semaines et mois à venir, dans les rues, les institutions et les couloirs du Palais présidentiel.