20 juillet 2026

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Dette publique au Sénégal : les défis d’une gestion urgente entre recettes et refinancement

Dans l’exercice du pouvoir, les dirigeants doivent souvent trancher entre des décisions impopulaires à court terme et des choix stratégiques pour l’avenir. Comme le soulignait l’ancien président américain Bill Clinton, cette tension entre temporalités politiques et efficacité économique est au cœur des défis actuels de la gestion de la dette publique au Sénégal.

Popularisée par les économistes James Buchanan et Gordon Tullock, la théorie des choix publics met en lumière cette opposition entre un calendrier électoral marqué par des cycles courts et une action publique nécessitant une vision à plus long terme pour assurer la pérennité des performances socio-économiques. Aujourd’hui, cette théorie trouve un écho particulier dans l’analyse de la dette publique sénégalaise, dont les chiffres récents interrogent sur la viabilité des mécanismes actuels de gestion.

Un encours de dette en constante augmentation

Les dernières données disponibles révèlent un encours de dette publique s’élevant à 23 666,8 milliards de francs CFA à la fin de l’année 2024, soit 118,8 % du PIB du pays. Ce niveau, déjà préoccupant, impose un service de la dette (principal, intérêts et commissions) qui absorbe l’intégralité des recettes fiscales de l’État. En 2025, ce service atteint 4 357,5 milliards de francs CFA, dont 3 269,4 milliards pour le remboursement du capital et 1 088,1 milliards pour les intérêts et commissions. Les prévisions pour 2026 confirment cette tendance avec un service de la dette estimé à 5 498 milliards de francs CFA, tandis que les recettes fiscales attendues ne dépasseraient pas 5 384,8 milliards.

Cette situation place l’État du Sénégal dans une impasse préoccupante : sans un endettement supplémentaire, il serait incapable de rembourser les échéances de la dette échue. Face à cette réalité, deux leviers principaux sont envisagés pour ajuster la trajectoire budgétaire : l’augmentation des recettes fiscales et le refinancement de la dette.

Les limites du redressement par les recettes fiscales

Pour relever ce défi, le gouvernement a lancé en août 2025 le Plan de Redressement Économique et Social (PRES), visant à générer 3 173 milliards de francs CFA supplémentaires en recettes fiscales d’ici 2028. Ce plan repose sur une combinaison de mesures fiscales directes et indirectes, ainsi que sur le recyclage d’actifs fonciers de l’État, avec un objectif de 1 091 milliards de francs CFA pour ce dernier volet.

Cependant, les résultats concrets peinent à se matérialiser. Au premier trimestre 2026, les recettes fiscales collectées s’élèvent à seulement 54,2 milliards de francs CFA, et les projections les plus optimistes tablent sur 300 milliards à la fin de l’année. Cette sous-performance soulève des questions sur la faisabilité du PRES, d’autant plus que la pression fiscale effective (18,9 % du PIB en 2025) reste bien en deçà du potentiel fiscal estimé à 25,3 % du PIB.

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette difficulté : la taille du secteur informel, la maturité numérique encore limitée de l’administration fiscale, et un taux de croissance économique hors hydrocarbures en ralentissement (2,2 % en 2025). Dans ce contexte, même sans nouvelles mesures fiscales, l’État doit combler un écart de 6 % du PIB d’ici trois à six ans pour atteindre un niveau de pression fiscale soutenable.

Le service de la dette prévu pour les prochaines années (106,6 % des recettes fiscales en 2025) dépasse largement les recettes attendues, confirmant que le redressement par les recettes fiscales présente des limites objectives à court et moyen terme. Cette réalité accentue le risque de recourir au refinancement, une solution qui n’est pas sans conséquences.

Le refinancement : une solution illusoire à court terme

Le refinancement de la dette est souvent présenté comme une solution pour alléger le poids immédiat des échéances. Pourtant, son efficacité dépend de deux conditions : un coût inférieur à celui de la dette refinancée et une maturité prolongée. Or, les données actuelles montrent que cette option pourrait aggraver la situation.

En 2025, le Sénégal a mobilisé 4 004 milliards de francs CFA sur le marché régional de l’UEMOA, contre 998 milliards en 2024, soit une multiplication par quatre en un an. Cependant, les nouveaux emprunts affichent des taux d’intérêt bien plus élevés que la dette existante. En 2024, les rendements oscillaient entre 6 et 7 %, pour atteindre 7 à 8 % en 2026, en raison d’une prime de risque accrue. De plus, la maturité moyenne de ces nouveaux emprunts a été réduite, augmentant ainsi le risque de liquidité à court terme.

Le taux d’intérêt effectif de la dette publique, qui s’élevait à 3,9 % fin 2024, cache des disparités importantes : 3,4 % pour la dette libellée en devises étrangères contre 5,3 % pour celle en francs CFA. Avec une part de 14,3 % de la dette totale exigible à court terme, le risque de refinancement devient particulièrement aigu. Les nouvelles dettes contractées, bien que libellées en francs CFA, ne suffisent pas à compenser leur coût plus élevé, aggravant ainsi la dynamique globale de la dette.

Une dynamique de la dette en voie de dégradation

En 2025, l’encours de la dette a augmenté de 1 531,68 milliards de francs CFA, atteignant 25 198,48 milliards, tandis que le ratio dette/PIB est redescendu à 112 %. Cette amélioration apparente est en réalité attribuable à la croissance du PIB portée par l’exploitation des hydrocarbures. Sans cette nouvelle donne, le ratio se serait détérioré à 124 %.

Trois indicateurs clés permettent d’analyser la trajectoire de la dette :

  • Le taux d’intérêt apparent : son coût influence directement la croissance de la dette.
  • Le taux de croissance du PIB : il reflète la richesse créée pour servir la dette.
  • Le solde primaire : il mesure l’excédent des recettes sur les dépenses hors charges d’intérêt. Un solde primaire négatif (-1,8 % du PIB en 2025) indique que l’État ne couvre pas ses dépenses de fonctionnement et d’investissement, et doit emprunter pour combler ce déficit.

Pour stabiliser la dette à un niveau cible, il faudrait que le solde primaire effectif soit supérieur au solde primaire stabilisant. En 2025, ce dernier s’élevait à +2,7 % du PIB, tandis que le solde primaire effectif était de -1,8 %, confirmant l’aggravation de la dette hors hydrocarbures (124 % du PIB). Les prévisions pour 2026, bien qu’optimistes avec un taux de croissance hors hydrocarbures à 3,2 %, ne suffisent pas à inverser cette tendance, avec un solde primaire stabilisant estimé à +1,9 % contre un déficit prévu de -246 milliards de francs CFA.

Ces chiffres laissent entrevoir un effet boule de neige sur la dette à court et moyen terme, si les mécanismes internes de rééquilibrage budgétaire restent les seuls outils mobilisés.

Vers une renégociation pragmatique de la dette

Le Sénégal a récemment créé une Direction Générale des Financements et de la Dette pour centraliser la gestion de sa politique d’endettement. Cette réforme institutionnelle est un pas en avant, mais elle ne suffit pas à résoudre la crise actuelle. Pour inverser la tendance, une approche pragmatique s’impose : renégocier les échéances, les taux d’intérêt et, le cas échéant, accepter des décotes nominales sur certains encours.

Reporter ces décisions ne ferait que reporter le problème, tout en alourdissant le coût budgétaire et économique du refinancement actuel. Ce dernier risque d’évincer les acteurs privés du marché financier domestique et de réduire l’investissement public, en raison des contraintes imposées par la consolidation budgétaire.

En conclusion, la gestion de la dette publique au Sénégal exige un équilibre délicat entre pragmatisme économique et contraintes politiques. Les choix à venir devront privilégier la viabilité à long terme, au-delà des impératifs électoraux immédiats, sous peine de compromettre la stabilité financière du pays.

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