Gabon : baisse spectaculaire des impôts miniers de près de 100 % en 2025
Un détail du budget gabonais 2025, glissé dans la loi de finances rectificative adoptée le 17 juillet, révèle une baisse sans précédent de l’impôt sur les sociétés dans le secteur minier. L’État renonce ainsi à 51,8 milliards de francs CFA, soit près de 80 millions d’euros, en ajustant cet impôt de 53,2 milliards à seulement 1,47 milliard. Aucun autre contribuable gabonais ne subit une telle réduction, ce qui fait de cette mesure un ajustement fiscal historique.
Un choc budgétaire pour une économie minière en difficulté
Le manganèse, troisième pilier économique du Gabon après le pétrole et le bois, représente une part majeure des exportations. Le pays se classe au deuxième rang mondial pour ce minerai, principalement extrait dans le Haut-Ogooué. Les deux principaux opérateurs, la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe français Eramet, et Nouvelle Gabon Mining, voient leur charge fiscale allégée dans un contexte déjà tendu. Depuis le putsch de 2023 mené par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), les autorités promettent une meilleure captation des revenus des ressources naturelles. Pourtant, la réalité des comptes publics contredit ces ambitions.
La chute des cours du manganèse sur les marchés internationaux, après un pic en début d’année 2024 causé par un incendie en Australie, a réduit les marges des exploitants. Si cette tendance explique partiellement la baisse des recettes fiscales, elle ne justifie pas à elle seule l’ampleur de l’écart entre les prévisions et les résultats. La fiabilité des hypothèses budgétaires initiales est désormais questionnée.
Transparence et rente minière : un paradoxe gabonais
Le Gabon a réintégré l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) après des années d’absence, renforçant ainsi sa crédibilité sur la gestion des ressources. Pourtant, la renonciation à 51,8 milliards de francs CFA, soit l’équivalent de plusieurs mois de salaires de la fonction publique, survient alors que le pays négocie un nouveau programme avec le Fonds monétaire international. Dans un contexte de pénurie de liquidités et de recours accru aux marchés régionaux de la Beac, cette perte de revenus fragilise davantage les finances publiques.
Les observateurs locaux soulignent une incohérence flagrante entre les discours de fermeté envers les multinationales et la réalité des chiffres. Dès l’automne 2023, les autorités de transition avaient annoncé une révision des conventions minières et pétrolières pour améliorer leur rendement fiscal. Deux ans plus tard, l’impôt sur les sociétés du secteur minier ne représente que 3 % de l’objectif initial, sans aucune explication officielle sur les raisons de cette divergence.
Un message ambigu pour les investisseurs et les bailleurs
Cette décision intervient à un moment clé pour le Gabon, qui doit finaliser son cadrage budgétaire pluriannuel. Avec un déficit déjà sous tension, une perte de 51,8 milliards de francs CFA oblige l’exécutif à revoir ses priorités : réduction des dépenses ou augmentation de l’endettement intérieur. Les institutions internationales suivront avec attention la manière dont le gouvernement justifiera cet écart devant le Parlement de transition. Pour les entreprises minières, cet ajustement envoie un signal contrasté. D’un côté, une fiscalité allégée leur offre un répit dans un marché déprimé. De l’autre, cette mesure alimente les critiques sur la juste répartition des richesses minières. La loi de finances 2026, attendue à l’automne, devra préciser si cette baisse relève d’un ajustement temporaire ou d’une nouvelle stratégie fiscale durable pour le secteur.