9 août 2026

Africa Solidaire

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Ituri : nouveau massacre attribuable aux adf, treizième civils tués et village rasé

Dans la nuit du 15 mars 2025, la province de l’Ituri, située à l’est de la République démocratique du Congo, a subi une attaque d’une violence inouïe. Treize civils sans défense ont été massacrés, tandis qu’un village entier était réduit en cendres par les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé d’origine ougandaise lié à l’État islamique. Les autorités locales confirment les faits, soulignant que ces exactions s’inscrivent dans une série de violences récurrentes ciblant les populations rurales de la région.

Les assaillants, agissant sous couvert de l’obscurité, ont frappé avec une brutalité méthodique. Les habitations ont été incendiées systématiquement, ne laissant aucune chance aux habitants de sauver leurs biens. Les survivants, pris de panique, ont dû fuir vers les zones limitrophes, abandonnant derrière eux tout moyen de subsistance. Ce scénario tragique illustre une fois de plus la signature des ADF, connues pour leurs attaques éclair contre des cibles civiles et leur usage systématique de la terreur.

Une région sous l’emprise de la terreur

L’Ituri, frontalière à la fois de l’Ouganda et du Soudan du Sud, est devenue un véritable foyer de tensions multiples. Aux menaces posées par les ADF s’ajoutent les violences intercommunautaires entre les milices Hema et Lendu, ainsi que l’activité persistante de groupes armés locaux exploitant les ressources minières artisanales. Depuis mai 2021, la province est placée sous état de siège, un dispositif exceptionnel confiant la gestion administrative aux militaires, sans que cela n’ait permis d’endiguer la crise.

L’opération Shujaa : un bilan mitigé

Depuis fin 2021, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs homologues ougandais (UPDF) mènent conjointement l’opération Shujaa. L’objectif ? Démanteler les bases arrière des ADF dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Quatre ans après son lancement, le bilan reste contrasté. Si certaines bases ont été détruites, les combattants ont adopté une tactique de guérilla, attaquant des villages isolés plutôt que de s’engager dans des affrontements directs avec les forces armées. Cette stratégie rend toute riposte complexe.

Les ADF tirent parti de l’épaisse forêt équatoriale, de la porosité des frontières et de l’absence d’infrastructures de communication pour frapper et disparaître. Chaque attaque alimentent les critiques envers le gouvernement de Kinshasa, où l’opposition dénonce l’incapacité des autorités à protéger les civils, malgré des moyens militaires importants et le retrait progressif de la MONUSCO, entamé en 2024.

Un vide sécuritaire et humanitaire

Le retrait des Casques bleus de l’ONU a laissé un vide que les FARDC peinent à combler. Pendant que la priorité sécuritaire se concentre sur la résurgence du M23 dans le Sud-Kivu et le Nord-Kivu, avec des accusations de soutien rwandais selon des rapports d’experts, l’Ituri sombre davantage dans l’instabilité. Les attaques y deviennent plus fréquentes et plus meurtrières depuis le début de l’année, exacerbant une crise humanitaire déjà alarmante.

Des centaines de milliers de personnes déplacées survivent dans des camps autour de Bunia, la capitale provinciale. Les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme : ruptures d’approvisionnement en nourriture et en soins médicaux, conditions de vie indignes, et destruction systématique des villages, comme celui visé lors de l’attaque nocturne. Cette situation aggrave la précarité des populations et fragilise une économie rurale déjà fragile.

Pour le gouvernement congolais, les enjeux vont bien au-delà de la simple sécurité. La stabilisation de l’Ituri est cruciale pour la crédibilité de Kinshasa, la sécurisation des routes commerciales vers l’Afrique de l’Est et l’exploitation ordonnée de ses ressources naturelles, parmi les plus riches du continent. Tant que les ADF conserveront leur capacité de nuisance, les investisseurs hésiteront à s’engager, privant la région des fonds nécessaires à sa reconstruction.

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