Kobé-Kobé, le pari gabonais pour une économie sans pétrole
Avec le coup d’envoi des travaux du port en eau profonde de Kobé-Kobé, le Gabon se lance dans l’un de ses projets les plus ambitieux. Associé au gisement de fer de Belinga, à une nouvelle voie ferrée et au futur barrage de Booué, cet ensemble industriel et logistique incarne la volonté de construire une économie moins dépendante du pétrole et tournée vers la transformation locale des richesses naturelles.
Longtemps dépendant des recettes pétrolières, le Gabon veut aujourd’hui diversifier ses moteurs de croissance. Dans cette stratégie, le projet Kobé-Kobé est une pièce centrale du nouveau modèle économique. Plus qu’un simple port, c’est un vaste écosystème industriel destiné à relier les ressources minières aux marchés mondiaux tout en maximisant les retombées locales.
Situé sur la côte atlantique, dans la province de l’Estuaire, le futur port en eau profonde aura un tirant d’eau de 14 à 16 mètres, ce qui lui permettra d’accueillir des navires de très grande capacité. Cette caractéristique devrait renforcer la compétitivité logistique du Gabon face à la concurrence entre les ports d’Afrique centrale.
Un projet intégré au cœur de la transformation économique
Kobé-Kobé s’inscrit dans une chaîne de valeur complète autour de plusieurs infrastructures clés. Au centre, le gisement de fer de Belinga, l’un des plus importants encore inexploités au monde. Pour transporter le minerai vers la côte, une nouvelle ligne ferroviaire reliera l’intérieur du pays au port. À cela s’ajoute le barrage hydroélectrique de Booué, qui fournira l’énergie nécessaire au complexe minier et industriel. Cette approche intégrée vise à éviter l’exportation brute des matières premières en favorisant leur transformation sur le territoire national.
La convention stratégique signée en avril 2026 entre l’État gabonais et Africa Global Logistics (AGL) marque une étape décisive dans la concrétisation du projet. L’objectif est de créer une plateforme logistique de référence pour soutenir l’industrialisation du pays.
Jusqu’à 160 000 emplois attendus
Au-delà des infrastructures, l’impact social et économique est un enjeu majeur. Selon les estimations, le complexe pourrait générer jusqu’à 160 000 emplois directs et indirects pendant son développement. Cette perspective est un signal fort pour la jeunesse gabonaise confrontée aux défis de l’insertion professionnelle. Les besoins concerneront les métiers de la construction, de la logistique, de l’industrie, du transport ferroviaire, de l’énergie et de la maintenance. Pour les autorités, il s’agit de créer un effet d’entraînement sur l’ensemble du tissu économique national en favorisant l’émergence d’entreprises locales dans la sous-traitance.
La matérialisation d’une ambition de souveraineté économique
Au-delà de l’économie, Kobé-Kobé a une forte charge symbolique. Le projet traduit la volonté du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de construire une économie fondée sur la valorisation des ressources nationales et la maîtrise des infrastructures stratégiques. Dans un contexte où la souveraineté économique est un enjeu majeur pour les États africains, ce complexe minier, énergétique, ferroviaire et portuaire est l’une des illustrations les plus concrètes de cette ambition. Si les échéances sont respectées, Kobé-Kobé pourrait, à l’horizon 2030, devenir un symbole de la transformation économique du Gabon et de son entrée dans l’après-pétrole.