La souveraineté sanitaire au Niger : les ambitions du ministre Garba Hakimi
Lors de son passage dans l’émission Le Grand Entretien sur la RTN, le Médecin Colonel-Major Garba Hakimi, actuel Ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, a exposé une feuille de route ambitieuse. Loin d’un simple bilan d’étape, son intervention a mis en lumière une volonté de rupture : transformer en profondeur le système de soins pour atteindre une véritable souveraineté sanitaire au Niger. Cette vision repose sur trois piliers majeurs : l’autonomie de production, la modernisation technologique et une offre de soins de proximité.
Une mutation profonde du système de santé nigérien
Depuis l’été 2023, le ministère ne se contente plus de gérer l’existant, mais impulse une restructuration globale. L’objectif est clair : garantir l’accès aux soins pour tous tout en limitant l’influence des acteurs extérieurs. Cette stratégie englobe la sécurisation des stocks de médicaments, l’amélioration de l’accueil hospitalier et l’intégration de la médecine traditionnelle ainsi que de l’hygiène préventive dans le parcours de soin national.
Modernisation du plateau technique et réduction des évacuations
Le Niger franchit une étape décisive dans l’équipement de ses infrastructures. L’introduction de technologies de pointe, telles que l’IRM, les scanners de haute précision et les accélérateurs linéaires pour le traitement du cancer, change la donne. Désormais, le pays est capable d’assurer la prise en charge complète des pathologies cancéreuses (chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie) sur son propre sol.
Cette montée en compétence s’observe également dans le domaine de la chirurgie cardiaque. En réalisant ces interventions localement, le coût des soins a été divisé par cinq, mettant fin à l’ère des évacuations sanitaires onéreuses vers l’étranger. C’est un pas de géant vers une médecine nationale performante.
L’indépendance pharmaceutique comme priorité nationale
Pour le ministre Garba Hakimi, l’autonomie passe impérativement par la production locale d’intrants médicaux. La fabrication de sérums et de produits essentiels, utilisant des ressources nigériennes, est au cœur des réformes de l’Office national d’approvisionnement (ONPPC). Par ailleurs, l’installation d’unités de production d’oxygène médical à travers tout le pays garantit désormais un accès gratuit et permanent à cette ressource vitale, autrefois soumise aux aléas des importations.
Rééquilibrer l’offre de soins sur l’ensemble du territoire
Face aux défis géographiques du Niger, le ministère déploie une stratégie de proximité. Le développement de centres de santé intégrés de type 2, plus performants, vise à réduire les disparités régionales. En 2025, 36 nouvelles structures verront le jour pour renforcer le maillage sanitaire.
À Niamey, la décentralisation des services de maternité et d’obstétrique permet de désengorger les grands hôpitaux et d’assurer une meilleure gestion des urgences vitales. Bien que le besoin en personnel reste important, des vagues de recrutements et de formations continues sont programmées pour soutenir cet effort.
Prévention, éthique et coopération régionale
Le changement de paradigme inclut une dimension préventive accrue, notamment contre le paludisme, en ciblant directement les vecteurs de transmission. Le ministre insiste également sur l’amélioration de l’éthique professionnelle et de la discipline au sein des établissements de santé, des inspections régulières étant désormais la règle.
Enfin, l’intégration régionale au sein de l’AES (Alliance des États du Sahel) offre de nouvelles perspectives. La mutualisation des ressources et des compétences entre pays membres pourrait aboutir à une architecture sanitaire commune, renforçant la résilience collective de la région.
Le système de santé du Niger amorce ainsi une transition historique, portée par une ambition de dignité et d’indépendance nationale.