Le Gabon lance son premier datacenter national en juin 2026
Après plusieurs années d’attente, le Gabon franchit une étape décisive dans sa stratégie numérique. À partir du 30 juin 2026, le pays disposera de son tout premier datacenter national, une infrastructure clé pour héberger les données des administrations, des entreprises et, à terme, des services numériques régionaux. Ce projet est porté par ST Digital, un opérateur gabonais spécialisé dans l’infogérance et le cloud, qui en assurera la construction et l’exploitation.
Le ministre de l’Économie numérique, Mark-Alexandre Doumba, a officialisé cette échéance lors d’une présentation publique de la feuille de route de transformation numérique du pays. L’objectif dépasse la simple technique : il s’agit pour Libreville de mettre fin à une situation où la majorité des données produites localement étaient hébergées sur des serveurs en Europe, en Afrique du Sud ou aux États-Unis, avec des implications juridiques et financières lourdes.
Un outil pour renforcer la souveraineté numérique
Ce datacenter s’inscrit dans une dynamique observée dans plusieurs pays d’Afrique centrale, qui cherchent à rapatrier leurs données numériques. Héberger les informations au Gabon permet de les soustraire aux législations étrangères, notamment au Cloud Act américain, et d’assurer un meilleur contrôle national sur la protection des données personnelles.
L’aspect économique est également crucial. Les entreprises gabonaises et leurs filiales régionales payent actuellement en devises pour l’hébergement de leurs systèmes d’information auprès de fournisseurs étrangers. Un site local pourrait capter une partie de ces dépenses, réduire la latence pour les utilisateurs et favoriser l’émergence d’un écosystème numérique de proximité, incluant le cloud computing, la sauvegarde et les services managés.
ST Digital, un acteur régional expérimenté
Le choix de ST Digital pour ce projet repose sur son expertise. L’entreprise a déjà développé des infrastructures similaires au Cameroun, où elle exploite plusieurs sites certifiés selon des normes internationales. Cette expérience régionale apporte une crédibilité technique au projet gabonais, dans un secteur où la disponibilité, la redondance énergétique et la cybersécurité sont primordiales.
Au-delà de l’infrastructure, la question des compétences locales se pose. L’exploitation d’un datacenter nécessite des ingénieurs réseau, des spécialistes en sécurité des systèmes d’information et des techniciens en maintenance. La capacité de Libreville à attirer et retenir ces profils, souvent convoités par des marchés plus rémunérateurs, sera déterminante pour la viabilité à long terme du site.
Un signal fort pour la stratégie numérique
Le lancement en juin 2026 enverra un message clair aux investisseurs et aux partenaires technologiques. Le gouvernement gabonais affiche sa volonté de structurer une économie numérique compétitive, en misant sur la fibre optique, la modernisation de l’administration et l’attraction de centres d’innovation. Ce datacenter est une pièce essentielle de ce puzzle, sans en être l’aboutissement.
Plusieurs points opérationnels restent à préciser : les tarifs pour les administrations, la grille pour les opérateurs privés, et les modalités de partenariats avec des hyperscalers internationaux. La feuille de route de l’État sur l’obligation d’héberger localement certaines données publiques sera également scrutée, à l’image de ce que pratiquent déjà la Côte d’Ivoire ou le Sénégal.
Pour l’instant, Libreville mise sur un calendrier serré et un acteur national pour concrétiser une ambition de longue date. Le succès de ce premier datacenter gabonais dépendra de sa robustesse technique et de la capacité du marché local à en absorber les capacités. L’inauguration officielle est prévue pour le 30 juin 2026.