21 mai 2026

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Le premier club français vainqueur à wembley : le récit de warmuz

Le 25 novembre 1998, le Racing Club de Lens écrivait une page inédite de l’histoire du football français. Sous la direction de Daniel Leclercq, les Sang et Or défiaient Arsenal à Wembley, un stade mythique du football mondial. Guillaume Warmuz, alors gardien titulaire, se souvient avec émotion de cette soirée où le club des Hauts-de-France est devenu le premier club tricolore à s’imposer sur la pelouse légendaire de Londres.

une immersion dans l’ambiance anglaise

Dès l’arrivée à Londres, l’équipe lensoise a su capter l’essence du football anglais. « Dès notre installation à l’hôtel, en plein cœur de la capitale britannique, nous avons adopté une attitude différente. L’objectif était de profiter de ce moment unique sans pression excessive. Affronter Arsenal, champion d’Angleterre en titre, à Wembley était un privilège. Ce match représentait la récompense de notre titre de Champion de France, il fallait le savourer sans le gâcher », confie Warmuz.

La veille de la rencontre, l’entraîneur Daniel Leclercq, surnommé « Le Druide », avait insisté sur la préparation mentale. « Il nous a demandé de rester concentrés sur notre jeu, sans nous laisser submerger par l’enjeu. Après l’entraînement, personne ne voulait quitter la pelouse. L’ambiance était déjà électrique, comme si tout se déroulait à la perfection. En arrivant près de Wembley, nous avons ressenti l’importance historique de ce moment. C’était magique », ajoute le gardien.

un plan de jeu audacieux face aux stars anglaises

Le Lens de l’époque évoluait généralement avec une défense à trois. Pour ce match, Leclercq a opté pour une organisation en quatre défenseurs, afin de jouer plus haut et de presser l’adversaire. « Notre tactique était claire : attaquer sans relâche. Le coach nous a dit : ‘Jouez votre jeu, le reste n’a pas d’importance.’ Pas de plan anti-Anelka ou anti-Overmars, malgré leurs qualités respectives. Nous avons basé notre stratégie sur une défense en zone, une agressivité constante et une montée collective », explique Warmuz.

La charnière défensive, composée de Frédéric Déhu et Cyrille Magnier, était chargée de couvrir les espaces laissés par cette tactique offensive. « Déhu, avec son sens de l’anticipation, organisait la ligne défensive et couvrait presque toute la largeur du terrain. Magnier assurait le côté droit, tandis que Déhu gérait le gauche. Notre milieu de terrain, avec Alex Nyarko, Cyril Rool et Mickaël Debève, devait se projeter pour soutenir l’attaque. L’équipe était divisée en deux blocs : cinq joueurs en défense et cinq en attaque, formant un 4-3-1-2 flexible. Vladimir Smicer, positionné derrière les attaquants Tony Vairelles et Pascal Nouma, jouait un rôle clé dans la construction des actions », détaille l’ancien portier.

les moments décisifs d’une rencontre intense

Dès les premières minutes, le Lens a imposé son rythme. « Nous avons joué très haut, presque sur la ligne médiane. Mais dès la troisième minute, nous avons frôlé l’ouverture du score. Un centre depuis la gauche arrivait sur Wreh, seul face au but. Il contrôle de la poitrine, mais rate son geste au moment de tirer. J’ai senti un frisson me parcourir : l’enjeu était réel », raconte Warmuz.

La première intervention majeure du gardien a eu lieu à la 6e minute. « Marc Overmars a tenté de percer notre défense. J’ai anticipé sa course, récupéré le ballon et me suis retrouvé très haut sur le terrain, côté droit. Nous avons ensuite dominé le jeu, avec des ballons profonds pour nos attaquants. Malgré quelques occasions pour Arsenal, nous tenions bon. Le tournant est arrivé à la 31e minute : Nicolas Anelka s’est retrouvé seul dans le dos de nos défenseurs. J’ai dû sortir à sa rencontre. Il m’a vu, a poussé son ballon, et tout s’est accéléré. J’ai marqué un temps d’arrêt pour anticiper son geste. Au lieu de jouer le ballon, j’ai anticipé son crochet et l’ai taclé pour lui prendre le ballon des pieds. Sans cette intervention, le match aurait pu basculer », confie-t-il.

une mi-temps pour ajuster la tactique

À la pause, le score était toujours de 0-0. « Nous quittions le terrain sereins, mais conscients que nous devions resserrer les lignes. Le coach nous a demandé de jouer plus compact, car nos espaces laissés permettaient à Anelka de s’infiltrer. Il a aussi effectué quelques ajustements tactiques individuels. Globalement, il nous a encouragés à poursuivre sur cette lancée, tout en nous rappelant que le match était loin d’être terminé. De leur côté, les joueurs d’Arsenal semblaient sous le choc après les consignes d’Arsène Wenger. Ils étaient piqués à vif », se souvient Warmuz.

la seconde période et l’explosion offensive

Dès la reprise, les Sang et Or ont accentué leur pression. « Les actions dangereuses provenaient de notre côté droit, celui d’Overmars. Mais c’est nous qui avons créé la meilleure occasion du match à la 52e minute. Vladimir Smicer a centré depuis le flanc gauche, le ballon est arrivé sur Pascal Nouma à 2,50 mètres du but. Il a tiré, mais la balle est passée largement au-dessus. Quand j’ai vu le ballon finir dans les tribunes, j’ai ressenti une frustration intense. C’était la meilleure occasion du match, et elle est passée à côté. »

Le but tant attendu est finalement arrivé à la 73e minute. « Tony Vairelles a récupéré le ballon dans les pieds d’un défenseur anglais et l’a transmis à Wagneau Éloi, entré en jeu peu avant. Il a ensuite centré vers Smicer, qui a déclenché une action fulgurante. Mickaël Debève, parti au second poteau, s’est retrouvé dans une position limite. Quand le ballon est arrivé, il a marqué d’une reprise de volée parfaite, piégeant le gardien David Seaman. La joie était collective, mais contenue. Il restait encore 25 minutes à jouer, et nous étions à Wembley. Il ne fallait pas perdre la tête », explique Warmuz.

À partir de ce moment, Arsenal a semblé perdre pied. « Les Gunners, habitués à un jeu plus physique, étaient épuisés par notre pressing constant. Vers la 65e minute, Parlour a tiré depuis l’extérieur de la surface, mais j’ai réussi à capter le ballon. Ensuite, Overmars s’est retrouvé face à moi en pleine surface. J’ai avancé pour le déstabiliser, et il a tenté de me lobber. Il a raté son geste, et j’ai capté le ballon. L’ambiance était électrique, nos supporters ne s’arrêtaient plus de chanter. Les joueurs d’Arsenal, frustrés, balançaient des longs ballons sans contrôle. La dernière occasion dangereuse est arrivée à la 89e minute : Overmars, face à moi en pleine surface, a tenté une action désespérée. J’ai avancé, il a tenté de me lobber, mais j’ai capté le ballon une nouvelle fois. »

une victoire historique et un souvenir inoubliable

Lorsque l’arbitre a sifflé la fin du match, l’émotion était à son comble. « J’étais en état d’hypervigilance depuis le début. Ce match, je le considère comme le meilleur de ma carrière. Pas de faute technique, pas de perte de concentration, et surtout, pas de but encaissé. La victoire à Wembley était déjà un rêve, mais devenir le premier club français à s’imposer dans ce stade, c’était inespéré. Une joie indescriptible nous a submergés. C’était le plus beau moment de nos vies de footballeurs », confie Warmuz.

Une fois le vestiaire quitté, le gardien a pris le temps de savourer ce moment unique. « Je suis retourné sur la pelouse, seul. Les projecteurs s’éteignaient un à un, ne laissant que quelques lumières tamisées dans les tribunes. Le brouillard enveloppait Wembley, et j’étais là, au centre de ce stade légendaire. J’ai marché jusqu’aux strapontins, me suis assis et j’ai savouré chaque seconde. C’était irréel. Je me suis dit : ‘Pour un gars de Blanzy, en Bourgogne, ce n’est pas mal du tout.’ J’ai pris quelques minutes pour remercier Dieu. Puis j’ai murmuré : ‘Non seulement j’ai gagné à Wembley, mais en plus, je suis le premier à l’avoir fait.’ C’était un moment de grâce, un souvenir que je chérirai toute ma vie. »

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