Libreville : l’épargne africaine s’oriente vers la souveraineté économique
Libreville : l’épargne africaine s’oriente vers la souveraineté économique
Libreville, Gabon – Un tournant significatif pour les marchés financiers du continent africain s’est opéré récemment dans la capitale gabonaise. Les régulateurs financiers d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest ont choisi de renforcer leur collaboration, posant les bases d’une stratégie cruciale : transformer l’épargne africaine en un puissant levier de croissance économique, plutôt que de la voir s’évaporer ou stagner dans des circuits peu productifs.
Le 6 juillet 2026, un accord de coopération tripartite historique a été paraphé à Libreville. Il réunit la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF), la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA) et l’Autorité des Marchés Financiers de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (AMF-UMOA). Cette alliance pourrait bien redéfinir en profondeur les mécanismes de financement du développement africain.
Au-delà de la signature protocolaire, une ambition audacieuse se dessine : celle de bâtir un espace financier africain robuste, capable de pourvoir au financement de ses propres infrastructures, d’impulser l’essor de ses entreprises et de soutenir ses innovations technologiques.
L’Afrique veut maîtriser son capital pour le développement
Les experts économiques s’accordent sur un paradoxe persistant : l’Afrique subsaharienne dispose d’une capacité d’épargne considérable, mais éprouve des difficultés à l’orienter efficacement vers son économie productive. Une part importante des ressources financières des ménages reste en dehors des systèmes bancaires classiques, tandis que les investisseurs institutionnels ne sont pas suffisamment sollicités pour appuyer les grands projets structurants. Pendant ce temps, les besoins en capitaux explosent, alimentés par une démographie dynamique, une urbanisation rapide et la demande croissante en infrastructures, énergie et solutions numériques.
L’accord signé à Libreville apporte une réponse concrète à ce défi. Les trois institutions s’engagent à coordonner leurs efforts autour de plusieurs axes stratégiques : l’échange d’informations, l’assistance technique réciproque, l’harmonisation des réglementations et le renforcement des dispositifs de supervision des marchés financiers et des assurances. L’objectif est clair : créer des marchés plus profonds, plus sécurisés et suffisamment attractifs pour retenir les capitaux africains sur le continent africain.
Le rôle crucial de l’assurance et des investisseurs institutionnels
Une révélation majeure des discussions tenues à Libreville concerne le potentiel inexploité des compagnies d’assurance dans le financement du développement africain. Partout dans le monde, les fonds d’assurance représentent une source essentielle de financement à long terme pour les infrastructures, les obligations souveraines et les investissements stratégiques.
L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest aspirent désormais à reproduire ce modèle. Les spécialistes réunis lors de l’atelier régional sur la mobilisation de l’épargne ont mis en lumière le potentiel significatif des assureurs africains pour soutenir la croissance des petites et moyennes entreprises, accompagner les initiatives industrielles et participer au financement de grandes infrastructures régionales. Cette orientation pourrait transformer durablement les équilibres financiers au sein de la zone CEMAC et de l’espace UEMOA, réduisant ainsi la dépendance aux financements extérieurs qui exposent souvent les économies africaines aux aléas des marchés internationaux.
Libreville, un pôle financier en émergence
Au-delà de la coopération technique, cette rencontre met en évidence les ambitions croissantes du Gabon dans la gouvernance financière du continent africain. Sous l’impulsion de Jacqueline Adiaba Nkembe, présidente de la COSUMAF, Libreville s’affirme progressivement comme un centre de référence en matière de régulation et de supervision financière en Afrique francophone. La présence de régulateurs régionaux, de gouverneurs, d’universitaires et de dirigeants d’entreprises témoigne de cette volonté d’influence grandissante. Les conclusions de ces travaux seront présentées aux instances de la CEMAC pour accélérer leur mise en œuvre opérationnelle.
L’enjeu dépasse largement les considérations techniques. Dans un contexte mondial où l’accès aux capitaux internationaux se durcit, la capacité des économies africaines à mobiliser leur propre épargne africaine devient un facteur déterminant de souveraineté économique. La convention signée à Libreville marque ainsi une nouvelle étape dans la construction financière du continent africain. L’Afrique dispose de ressources ; le véritable défi est désormais de les canaliser efficacement au service de sa propre transformation et de son développement.