Mali : Bamako pointe du doigt Paris dans le soutien aux rebelles de l’Azawad
Les relations entre le Mali et la France connaissent un nouveau pic de tension. Bamako reproche à Paris de soutenir indirectement les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement touareg qui a déclenché une vaste offensive dans le nord du pays fin avril. Sous la direction du colonel Assimi Goïta, le gouvernement de transition utilise cette accusation pour renforcer son discours souverainiste et justifier les restrictions politiques mises en place après les coups d’État de 2020 et 2021. Cette crise diplomatique survient alors que les liens entre Bamako et son ancienne puissance coloniale se sont fortement dégradés, notamment après le retrait de la force Barkhane en 2022 et celui des Casques bleus de la MINUSMA fin 2023.
Le FLA, héritier des luttes historiques touarègues
Le Front de libération de l’Azawad puise ses racines dans la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), un ensemble de factions armées dissous en 2023 après des revers militaires face à l’armée malienne et aux mercenaires russes d’Africa Corps, anciennement connus sous le nom de Wagner. Ce nouveau groupe relance la lutte armée pour l’autonomie ou l’indépendance des régions de Kidal, Gao et Tombouctou, régions que les indépendantistes considèrent comme leur territoire ancestral, l’Azawad. Cette revendication n’est pas nouvelle : elle a rythmé les rébellions de 1963, 1990, 2006 et 2012.
L’offensive déclenchée fin avril marque un tournant après une période de restructuration. Les combattants du FLA évoluent désormais dans un contexte marqué par la présence des paramilitaires russes aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa). Leur percée militaire à Tinzaouatène, à l’été 2024, où une colonne russo-malienne a subi de lourdes pertes face aux rebelles et à des éléments djihadistes du JNIM, a redonné une nouvelle dynamique au mouvement.
Des liens franco-touaregs façonnés par l’histoire opérationnelle
Les relations entre la France et certaines factions touarègues remontent à l’époque coloniale, mais c’est l’opération Serval en 2013 qui a scellé une alliance stratégique. Pour reprendre le contrôle du nord du Mali, alors aux mains de groupes djihadistes, l’armée française avait collaboré avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et ses alliés, des combattants locaux mieux adaptés au terrain et fiables face à Al-Qaïda au Maghreb islamique. Cette coopération a nourri des suspicions à Bamako, notamment autour du contrôle de Kidal, longtemps inaccessible pour l’armée malienne.
Cependant, cette relation s’est progressivement détériorée. Au fil du temps, la France a revu sa stratégie alors que l’opération Barkhane s’enlisait, réduisant ses échanges officiels avec la CMA. Le départ forcé des troupes françaises en 2022, exigé par la junte malienne, a mis fin à tout dialogue institutionnel. Privés de soutien occidental, les rebelles se sont tournés vers d’autres partenaires régionaux, notamment en Algérie et en Mauritanie, sans qu’aucun État n’officialise son appui.
Une accusation instrumentalisée à des fins politiques
Les déclarations des autorités maliennes s’inscrivent dans une stratégie bien rodée. Depuis trois ans, Bamako utilise la rhétorique anti-française pour renforcer l’unité nationale, marginaliser les oppositions et légitimer son alliance avec Moscou. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023, puis son évolution en confédération début 2024, repose sur cette base anti-occidentale commune.
De son côté, Paris dément catégoriquement toute implication dans le conflit. Les autorités françaises soulignent l’absence totale de coopération militaire, diplomatique ou sécuritaire avec Bamako depuis plusieurs années. Pourtant, l’histoire récente, marquée par des alliances tactiques autour de Kidal et l’utilisation des combattants touaregs lors de Serval, offre à la junte un argument facile à exploiter. Pour les indépendantistes, cette instrumentalisation crée une ambiguïté : elle renforce l’idée d’un soutien extérieur sans preuve tangible.
L’avenir du FLA dépendra avant tout de sa capacité à maintenir une pression militaire face aux FAMa et à Africa Corps, ainsi qu’à reconstruire une légitimité politique dans une région où l’Algérie joue un rôle clé. Historiquement, les relations entre la France et les indépendantistes maliens ont été marquées par des alliances opportunistes plutôt que par un engagement idéologique durable.