28 juillet 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Mali : exécutions et destructions par l’armée et les milices dans la région de Ségou

Dans la région de Ségou, au centre du Mali, des soldats des Forces armées maliennes (FAMA) accompagnés de milices dozos ont commis des actes d’une extrême violence contre des civils les 2 et 13 octobre. Au moins 31 personnes, dont des femmes et des hommes, ont été exécutées sommairement, et plusieurs habitations ont été réduites en cendres. Ces événements surviennent dans un contexte de tensions persistantes entre l’armée et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

Des villages ciblés, des vies brisées

Le 2 octobre, vers 10 heures du matin, des unités militaires à bord de sept pick-ups et trois véhicules blindés, épaulées par des miliciens à moto, ont fait irruption dans le village de Kamona. Selon des témoignages recueillis sur place, les habitants ont été pris pour cible après avoir été accusés, sans preuve, de collaborer avec le GSIM. Vingt-et-un hommes ont été abattus, et dix maisons ainsi que trois hangars ont été incendiés. Parmi les victimes figuraient des hommes âgés de 20 à 65 ans, tous exécutés de manière systématique. Un survivant a rapporté : *« Ceux qui n’ont pas pu fuir ont été rassemblés et froidement exécutés. »*

Les corps de 17 hommes, criblés de balles, ont été retrouvés sous un arbre, tandis que quatre autres dépouilles ont été découvertes plus au nord. Un berger de 40 ans, témoin involontaire de l’horreur, a décrit une scène macabre : *« Les gens avaient été criblés de balles. L’un d’eux avait la tête complètement fracassée. J’ai également vu plusieurs douilles de balles à côté des corps. »*

Le 13 octobre, c’est le village de Balle, situé à une cinquantaine de kilomètres, qui a subi le même sort. Des soldats à bord de cinq pick-ups et des miliciens dozos à moto ont fait irruption vers 13 heures. Dix civils, dont une femme de 55 ans, ont été abattus, et plus de cent têtes de bétail ont été volées. Un habitant de 33 ans a retrouvé les corps des victimes, *« les uns à côté des autres, criblés de balles. Certains avaient les jambes et les bras cassés. »*

Des accusations de complicité, des vies sacrifiées

Les habitants de Balle ont expliqué vivre sous le joug du GSIM depuis plusieurs années. *« Nous payons la zakat chaque année. Les djihadistes règlent les conflits. Il n’y a ni soldats, ni policiers ici. L’armée ne fait aucune distinction entre eux et nous. »* Cette absence de nuance a conduit les forces de sécurité à traiter tous les villageois comme des ennemis potentiels, sans même chercher à vérifier leur innocence.

Les autorités maliennes, contactées par nos équipes, n’ont pas encore réagi publiquement. Pourtant, les faits sont accablants : aucune opération militaire ne justifie l’exécution de civils désarmés. *« Les massacres d’octobre dans la région de Ségou ne sont que les dernières atrocités attribuées à l’armée malienne et à ses milices alliées »*, a dénoncé une source proche du dossier. *« Les autorités doivent mener une enquête crédible et impartiale, puis traduire les responsables en justice. »*

Un conflit qui s’étend, des victimes qui s’accumulent

Depuis 2012, le Mali est en proie à une guerre opposant l’État à divers groupes armés islamistes. Ces violences ont déjà fait des milliers de morts parmi les civils et déplacé plus de 400 000 personnes. Les exactions commises par les forces de sécurité, mais aussi par le GSIM et d’autres factions, se multiplient, aggravant une crise humanitaire déjà critique.

Le droit international humanitaire interdit formellement les attaques contre des civils, ainsi que les exécutions sommaires et les traitements cruels. Pourtant, ces règles semblent régulièrement bafouées. *« Toutes les parties au conflit doivent respecter ces principes »*, rappelle une organisation internationale spécialisée. *« Les crimes de guerre doivent être punis, où qu’ils soient commis. »*

Alors que le siège imposé par le GSIM autour de Bamako aggrave la situation, la communauté internationale reste en retrait. L’Union africaine, dont le rôle est de veiller à la paix et à la sécurité sur le continent, n’a jusqu’ici pris aucune mesure concrète pour mettre fin à ces violences. *« Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA doit faire de ce conflit une priorité »*, a insisté une experte en droits humains. *« Il est urgent d’agir pour protéger les civils et rendre justice aux victimes. »*

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes