28 juillet 2026

Africa Solidaire

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Massacres de civils au Mali : l’armée et des miliciens accusés

Dans le centre du Mali, une série d’attaques attribuées à l’armée et à des milices alliées a coûté la vie à au moins 31 civils les 2 et 13 octobre. Ces événements, survenus dans les villages de Kamona et Balle, dans la région de Ségou, soulèvent de vives interrogations sur les méthodes employées par les forces de sécurité maliennes en pleine crise sécuritaire.

Des exécutions sommaires et des maisons incendiées

Le 2 octobre, une opération conjointe entre l’armée malienne et des miliciens dozos – des chasseurs traditionnels principalement issus de l’ethnie bambara – a entraîné la mort d’au moins 21 hommes et la destruction de 10 habitations à Kamona. Neuf jours plus tard, une nouvelle intervention dans le village de Balle, situé à une cinquantaine de kilomètres, a fait 10 victimes, dont une femme de 55 ans. Les deux localités sont sous l’influence du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

Selon les témoignages recueillis, les soldats et les miliciens ont procéder à des exécutions sommaires après avoir accusé les villageois de collaboration avec les groupes armés. « Ceux qui n’ont pas pu fuir ont été rassemblés et abattus sans procès », a confié un survivant. Les corps, criblés de balles, ont été retrouvés sous un arbre et dans la brousse environnante, certains présentant des blessures graves à la tête.

Des villages sous pression, des civils pris pour cibles

Les habitants de Kamona et Balle vivent depuis des années sous l’emprise du GSIM. Dans ces zones, les forces djihadistes imposent leur loi, réglant les conflits locaux et percevant des taxes. « Nous n’avons ni soldats ni policiers ici. L’armée nous considère tous comme des terroristes, sans distinction », a expliqué un villageois. Cette méfiance généralisée a conduit à des violences aveugles lors des opérations militaires.

Les assaillants, reconnaissables à leurs tenues de camouflage pour les soldats et leurs vêtements traditionnels agrémentés d’amulettes pour les Dozos, ont également pillé du bétail. À Balle, plus de 100 vaches ont été volées, tandis que les corps des victimes étaient abandonnés en plein village. « Ils étaient alignés, certains avec les membres brisés. C’était atroce », a témoigné un témoin.

L’armée malienne revendique des «neutralisations» de terroristes

Le 14 octobre, le chef d’État-Major des Armées a affirmé que l’opération du 13 octobre à Balle avait permis de « neutraliser une vingtaine de terroristes » et de saisir du matériel militaire. Pourtant, aucun affrontement n’a été rapporté entre les forces maliennes et le GSIM avant ou pendant ces attaques. Les villageois, eux, dénoncent une répression disproportionnée contre des civils sans défense.

Un conflit qui s’étend et des responsabilités floues

Depuis 2012, le Mali fait face à une insurrection djihadiste persistante, marquée par des milliers de morts et plus de 400 000 déplacés. Les forces maliennes, soutenues par des milices et des groupes mercenaires, sont régulièrement pointées du doigt pour des violations des droits humains, tout comme le GSIM et d’autres groupes armés.

Le droit international humanitaire interdit formellement les attaques contre les civils, les meurtres arbitraires et les traitements inhumains. Pourtant, les enquêtes sur ces exactions restent rares, et les responsables rarement sanctionnés. Bien que le Mali ait quitté la Cour pénale internationale (CPI) en 2025, il reste lié au Statut de Rome jusqu’en 2026, ce qui pourrait permettre une intervention de la Cour dans les années à venir.

Face à l’escalade de la violence, les instances régionales comme l’Union africaine (UA) peinent à réagir efficacement. Malgré des déclarations de préoccupation, peu d’actions concrètes ont été entreprises pour protéger les populations ou poursuivre les auteurs de ces crimes.

Ces événements surviennent alors que le GSIM a lancé un siège autour de Bamako depuis septembre, privant la capitale de carburant et perturbant gravement la vie quotidienne. La junte militaire au pouvoir a dû fermer temporairement les écoles et universités en réponse à cette crise.

Les associations locales et internationales appellent à une enquête indépendante et impartiale pour faire la lumière sur ces massacres et établir les responsabilités. « Sans justice, la spirale de la violence ne fera que s’aggraver », a souligné un responsable de la société civile.

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