30 mai 2026

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Mosquée sunnite Ouagadougou fermée par les autorités : une décision politique controversée

Fermeture de la mosquée sunnite à Ouagadougou : quand l’État tourne le dos à ses alliés religieux

Le gouverneur de la région du Kadiogo a signé un arrêté mettant un terme brutal à l’activité de la principale mosquée sunnite de Ouagadougou. Cette mesure administrative, officiellement justifiée par des risques pour l’ordre public, soulève une vague de contestations dans un pays déjà fragilisé par des tensions sociales et politiques persistantes.

Depuis plusieurs années, les communautés sunnites ont joué un rôle clé dans la construction de la légitimité des gouvernants actuels. Leur mobilisation massive, leur organisation rigoureuse et leur ancrage populaire ont servi de levier politique dans des périodes où la stabilité nationale était incertaine. Pourtant, cette alliance de fait se brise aujourd’hui sous le poids d’une décision perçue comme une trahison par les fidèles.

Une mosquée instrumentalisée, puis abandonnée

Il est impossible de dissocier cette fermeture de l’histoire récente du Burkina Faso. Les autorités ont, à plusieurs reprises, sollicité le soutien des milieux religieux pour renforcer leur assise politique. Les mosquées, comme celle de Ouagadougou, sont devenues des plateformes de mobilisation, où les prêches mêlaient foi et engagement citoyen. Les fidèles, convaincus de travailler pour le bien commun, se retrouvent aujourd’hui face à une réalité brutale : leur engagement a été utilisé, puis rejeté.

Cette stratégie, qui a permis de consolider un pouvoir, se retourne aujourd’hui contre ses instigateurs. En privant une communauté de son lieu de rassemblement central, les dirigeants risquent de transformer une frustration passagère en une opposition durable et radicalisée.

Un contexte national explosif

Le Burkina Faso traverse une période de profonde instabilité, où la cohésion sociale est plus que jamais menacée. Dans ce cadre, une décision aussi symbolique qu’une fermeture de mosquée ne peut être prise à la légère. Au lieu de désamorcer les tensions, cette mesure administrative risque d’attiser les divisions et de renforcer les sentiments d’injustice parmi les fidèles.

L’histoire montre que les restrictions imposées aux lieux de culte, plutôt que de prévenir les conflits, peuvent en réalité les alimenter. Les espaces de foi, lorsqu’ils sont réprimés, deviennent parfois des foyers de contestation clandestine, bien plus difficiles à contrôler que des mouvements ouverts.

La répression n’est pas une solution durable

La loi doit s’appliquer, mais elle doit aussi être juste et équitable. En ciblant une communauté qui a cru aux promesses d’une gouvernance inclusive, les autorités burkinabè sapent leur propre crédibilité. La stabilité d’un pays ne se construit pas en fermant les portes des lieux de prière, mais en instaurant un dialogue sincère et transparent avec toutes les composantes de la société.

Plutôt que de recourir à des mesures coercitives, il serait plus judicieux de suspendre cet arrêté et d’engager des discussions avec les responsables religieux. Une telle approche permettrait de désamorcer les tensions et de restaurer la confiance entre l’État et une partie essentielle de sa population.

En persistant dans cette voie, le pouvoir s’expose à une perte de légitimité encore plus profonde et à une radicalisation accrue des fidèles. Le Burkina Faso ne peut se permettre de perdre le soutien de ses alliés religieux dans un contexte où chaque voix compte pour la paix sociale.

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