28 mai 2026

Africa Solidaire

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Niger Bénin : une nouvelle dynamique à la frontière malgré les tensions

La frontière entre le Niger et le Bénin pourrait bientôt connaître un apaisement après trois années de blocage total. La visite du Premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine à Cotonou, dimanche dernier, pour la cérémonie d’investiture du président béninois Romuald Wadagni, a marqué le début d’un dialogue direct entre les deux pays. À cette occasion, Ali Lamine Zeine a évoqué l’ouverture d’une « nouvelle page » dans les relations bilatérales, un signal fort après des mois de tensions nées du coup d’État de juillet 2023.

Le poste-frontière de Malanville, principal passage commercial entre les deux nations, avait été fermé en réponse aux sanctions imposées par la Cédéao au régime nigérien. Depuis, les échanges de produits pétroliers, de denrées alimentaires et de marchandises ont été redirigés vers le Burkina Faso et le Togo, entraînant une hausse considérable des coûts pour les commerçants des deux côtés.

Des répercussions économiques profondes

Le port de Cotonou jouait un rôle clé pour l’économie nigérienne, un pays enclavé. Son exclusion a affecté les recettes douanières du Bénin et compliqué l’approvisionnement des régions nigériennes, surtout depuis l’inauguration de l’oléoduc reliant Agadem au terminal de Sèmè-Kpodji, géré par la China National Petroleum Corporation (CNPC). Les tensions autour de cette infrastructure en 2024 avaient encore creusé le fossé entre les deux capitales.

Pour les communautés frontalières, cette fermeture a provoqué un ralentissement dramatique des échanges. Les commerçants et transporteurs ont dû emprunter des routes secondaires, favorisant un commerce informel difficile à contrôler. L’économiste Olivier Vallée, ancien conseiller technique au Niger, confirme que la réouverture officielle de Malanville soulagerait rapidement les ménages des deux côtés de la frontière.

La sécurité, obstacle majeur à la réconciliation

Malgré ces avancées, la question sécuritaire reste un frein majeur. Le Bénin fait face à une intensification des activités des groupes armés liés à l’État islamique au Sahel et au JNIM dans le nord du pays, notamment dans les réserves naturelles du W et de la Pendjari. Les autorités béninoises craignent qu’une réouverture mal contrôlée de Malanville ne facilite le passage de combattants ou le ravitaillement des cellules terroristes dans la zone des trois frontières.

De son côté, le Niger nourrit des suspicions similaires. Les autorités de transition accusent le Bénin d’abriter des éléments hostiles après le coup d’État de 2023, une affirmation rejetée par Cotonou. Ces accusations croisées expliquent pourquoi, selon Olivier Vallée, la méfiance persiste, qu’elle concerne les infiltrations jihadistes ou les menaces politiques.

Un rapprochement conditionnel et progressif

L’arrivée de Romuald Wadagni à la présidence béninoise redonne un nouvel élan aux discussions. Ancien ministre des Finances reconnu par les partenaires internationaux, il doit trouver un équilibre entre les impératifs économiques et les craintes sécuritaires. La reprise des exportations de pétrole nigérien via le terminal béninois représente un enjeu financier majeur pour les deux pays, avec des pertes estimées à plusieurs centaines de milliards de francs CFA chaque année.

Le calendrier de la réouverture reste incertain. Plusieurs étapes doivent encore être franchies : la mise en place de contrôles renforcés à Malanville, la relance d’une commission mixte de sécurité et la régularisation du statut des ressortissants bloqués depuis 2023. Par ailleurs, l’adhésion du Niger à la Confédération des États du Sahel, en rupture avec la Cédéao, ajoute une couche de complexité politique. Malgré tout, ce déplacement à Cotonou est perçu comme le geste diplomatique le plus marquant depuis le début de la crise.

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