27 mai 2026

Africa Solidaire

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Niger : un ministre sous pression après un trafic de visas schengen révélé

Un scandale diplomatique secoue la junte nigérienne

Le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur du Niger et membre influent du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), se retrouve au cœur d’une affaire judiciaire majeure. Son épouse, ancienne employée de l’ambassade d’Espagne à Niamey, est visée par une enquête pour son implication dans un réseau de trafic de visas Schengen, exploité entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.

Un système opaque démantelé par les services de renseignement

Les révélations concernant cette filière clandestine, jusqu’alors ignorée des observateurs, ont été rendues publiques grâce à l’intervention de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE). Cette dernière, dirigée par le lieutenant-colonel Souleymane Balla-Arabé, a démantelé un mécanisme sophistiqué de commercialisation illicite de titres de séjour européens.

Les investigations ont permis d’identifier les rouages d’un trafic particulièrement lucratif :

  • Tarification : entre 3 048 et 7 622 euros par visa, soit l’équivalent de 2 à 5 millions de francs CFA.
  • Procédure : les demandeurs n’étaient pas tenus de se déplacer dans les locaux consulaires, facilitant ainsi les démarches à distance.
  • Clientèle privilégiée : les ressortissants maliens ont été ciblés en masse. Leur entrée au Niger, normalement subordonnée à la possession d’une carte de séjour, leur était accordée sans vérification, leur permettant d’éviter le passage par l’ambassade d’Espagne à Bamako.

Selon les éléments recueillis, près de 1 500 Maliens auraient bénéficié de ce dispositif frauduleux pour rejoindre l’espace Schengen.

Des ramifications financières et des arrestations ciblées

Les enquêtes ont révélé l’existence de circuits financiers suspects, destinés à blanchir les revenus illicites. Plusieurs transferts suspects ont été détectés en direction du Sénégal, soulevant des questions sur l’étendue géographique des complicités.

Les autorités ont procédé à des interpellations stratégiques :

  • Maty Cissokho Toumba, épouse du ministre de l’Intérieur, a été auditionnée par les enquêteurs.
  • Samsoudine Idrissa, identifié comme le coordinateur logistique du réseau et proche collaborateur du général Toumba, a été arrêté à la sortie du domicile du ministre.
  • Une complice présumée, recrutée par l’épouse du ministre peu avant son départ de l’ambassade d’Espagne il y a douze mois, fait également l’objet de poursuites.

Un climat de défiance au sein de la junte militaire

La gestion de cette affaire par les services de renseignement, et non par la police judiciaire traditionnelle, a ravivé les tensions internes au sein du régime transitoire. Le président Abdourahamane Tchiani, en quête de consolidation de son pouvoir, privilégierait désormais les membres de sa communauté d’origine (Haoussa), marginalisant progressivement les autres factions.

Cette crise met en péril la cohésion des hauts responsables issus de la communauté Zarma, parmi lesquels figurent le général Mohamed Toumba, troisième personnage de la junte, ainsi que le général Salifou Modi, ministre de la Défense, malgré son prestige au sein des forces armées.

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