Nominations judiciaires au Sénégal : la stratégie controversée pour écarter ousmane sonko
Nominations judiciaires au Sénégal : la stratégie controversée pour écarter Ousmane Sonko

Les dernières nominations de magistrats au Sénégal révèlent une manœuvre politique inquiétante. Entre remaniements judiciaires et tensions institutionnelles, l’avenir d’Ousmane Sonko à l’élection présidentielle de 2029 se retrouve au cœur d’un bras de fer sans précédent.
Le paysage judiciaire sénégalais a connu une refonte majeure avec la nomination de nouveaux responsables au Conseil constitutionnel et à la Cour d’Appel de Saint-Louis. Pour le politologue Mamadou Wane, dit « Mao », ces choix stratégiques reflètent une volonté de marginaliser Ousmane Sonko, figure politique majeure, avant même le scrutin de 2029. Une approche qui pourrait se heurter à la détermination d’un peuple sénégalais habitué aux luttes et à un parti politique en pleine expansion, le PASTEF, dont la base militante ne cesse de se renforcer.
Mao Wane souligne que le Président Bassirou Diomaye Faye mise sur une tactique de révisionnisme institutionnel pour écarter son opposant principal. Cependant, il met en garde contre une sous-estimation des capacités de résistance des citoyens sénégalais, rappelant que le leader du PASTEF a toujours su mobiliser un soutien populaire indéfectible malgré les obstacles juridiques et politiques. « L’histoire a montré que les tentatives d’exclusion de Sonko échouent systématiquement, car elles ne tiennent pas compte de la force collective du peuple », explique-t-il.
Parmi les nouvelles figures nommées, deux magistrats attirent particulièrement l’attention. Ousmane Diagne, désormais président du Conseil constitutionnel, et Serigne Bassirou Guèye, avocat général à la Cour d’Appel de Saint-Louis, ont eu des relations conflictuelles avec Ousmane Sonko. Le premier a été critiqué pour sa gestion des dossiers sensibles, tandis que le second a été accusé de falsification de preuves dans l’affaire du complot et du viol impliquant Sonko. Pour Mao Wane, ces nominations ne sont pas anodines : « Serigne Bassirou Guèye a dépassé les limites éthiques en manipulant un dossier judiciaire. Un tel comportement disqualifie toute légitimité à exercer une fonction publique. »
Retour en arrière ou stratégie politique ?
Selon le politologue, ces remaniements s’inscrivent dans une logique de restauration de l’ancien système politique. Les noms choisis pour les postes clés évoquent un retour des figures de l’ancien régime, une manœuvre qui vise à affaiblir les forces progressistes et à consolider une nouvelle alliance politique autour du chef de l’État. « Ce qu’on observe n’est pas une simple rotation de personnel, mais une tentative de réécrire les règles du jeu politique », précise-t-il. « Deux visions s’affrontent désormais : celle d’un Sénégal néocolonial, où les institutions servent des intérêts particuliers, et celle d’un pays souverain, où la justice et la démocratie sont les piliers de la République. »
Mao Wane met en garde contre les risques d’une telle approche : « Ceux qui pensent pouvoir éliminer Ousmane Sonko par des manœuvres juridiques sous-estiment la mémoire collective du peuple sénégalais. Les mobilisations de 2021 à 2024 ont démontré une maturité politique rare. Vouloir dissoudre l’Assemblée ou utiliser des prétextes fallacieux pour le condamner ne fera que renforcer sa légitimité. »
Le PASTEF, un parti en pleine ascension
L’engouement autour du PASTEF et la vente record de ses cartes d’adhésion confirment son ancrage populaire. « Ce parti est aujourd’hui le mieux structuré et le plus dynamique du pays. Son réseau militant et son leadership charismatique en font une force incontournable », analyse Mao Wane. Il ajoute que la jeunesse sénégalaise, après des années de lutte, a acquis une expérience politique sans précédent, rendant toute tentative d’exclusion de Sonko illusoire. « Le peuple sénégalais a appris à résister, à analyser les stratégies des régimes et à riposter. Une exclusion politique de Sonko ne passerait pas inaperçue et serait perçue comme une attaque contre la démocratie elle-même. »