16 juillet 2026

Africa Solidaire

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Nord-Kivu : le paludisme menace d’être négligé par les financements internationaux

Nord-Kivu : le paludisme risque d’être abandonné par les financements internationaux

À l’approche de la clôture des demandes de subventions pour le prochain cycle du Fonds mondial, une alerte sérieuse est lancée. La province du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo, pourrait être exclue des financements dédiés à la lutte contre le paludisme. Pourtant, cette maladie reste la première cause de morbidité dans une région déjà fragilisée par des années de conflits persistants. Un désengagement financier risquerait d’aggraver une situation sanitaire déjà critique.

Le cycle GC8 : un choix financier aux conséquences dévastatrices

Le Fonds mondial s’apprête à lancer son prochain cycle de financement triennal (2027-2029) contre le paludisme, le VIH et la tuberculose. Les demandes de subventions, basées sur les priorités nationales, doivent être soumises avant la fin du mois de juillet. Pourtant, le Nord-Kivu, une province en proie à un conflit armé endémique, ne figure plus parmi les zones éligibles pour la lutte contre le paludisme.

Ces allocations financières conditionnent directement l’accès aux soins dans les régions les plus vulnérables. « Depuis plusieurs années, le Fonds mondial a été une bouée de sauvetage pour les populations du Nord-Kivu face au paludisme. Si les financements s’arrêtent, la situation deviendra ingérable. Cette maladie est évitable et traitable. En 2026, il est inacceptable que des vies continuent d’être perdues à cause de cette négligence », déclare Stéphane Doyon, responsable des programmes de MSF.

L’exclusion du Nord-Kivu intervient alors que la province doit déjà faire face à une épidémie d’Ebola en cours. La similitude des symptômes entre ces deux maladies pourrait entraîner des retards de diagnostic, une saturation des structures de santé déjà sous tension, et une aggravation de la crise sanitaire.

Conflit et paludisme : une combinaison mortelle

« Le Nord-Kivu est l’une des provinces les plus affectées par les violences armées. Les déplacements massifs de populations, l’insécurité alimentaire et l’accès limité aux soins exposent davantage les habitants au paludisme et augmentent le risque de formes graves », explique Stéphane Doyon.

Les affrontements entre les groupes armés soutenus par le gouvernement et l’AFC/M23 forcent les civils à fuir vers des zones reculées, propices à la prolifération des moustiques et dépourvues de centres de santé. Les risques de contamination y sont extrêmement élevés.

En 2025, dans les zones de santé de Bambo, Kibirizi et Rutshuru, le paludisme représentait entre 48 % et 58 % des consultations médicales. Dans ces localités seulement :

  • Plus de 255 000 cas simples et 26 000 cas graves ont été pris en charge par MSF, le Ministère de la Santé et leurs partenaires.
  • Plus de 165 560 patients ont bénéficié de soins dans les structures soutenues par MSF.

La malnutrition : un facteur aggravant dans un contexte déjà précaire

La malnutrition, particulièrement chez les enfants de moins de cinq ans, aggrave considérablement les risques de complications liées au paludisme. Les structures de santé locales, déjà sous pression, peinent à gérer cette double crise.

Pénuries critiques et réduction des actions de prévention

Les mesures de prévention contre le paludisme ont déjà été drastiquement réduites. Depuis juin 2023, aucune distribution de moustiquaires imprégnées n’a été organisée dans les zones historiquement couvertes par le Fonds mondial. Entre juillet et décembre 2025, aucun traitement ni test de dépistage n’a été livré au Nord-Kivu en raison de contraintes logistiques.

Pour pallier ces lacunes, MSF a dû mobiliser ses propres ressources. Nos équipes ont ainsi assuré :

  • 53 % des traitements contre le paludisme simple.
  • 35 % des traitements contre le paludisme grave à Kibirizi, Bambo et Rutshuru, en collaboration avec le Ministère de la Santé et d’autres acteurs.

Une solution temporaire, mais insoutenable à long terme pour une province aussi vaste et vulnérable que le Nord-Kivu.

Un appel urgent à une répartition équitable des ressources

Face à l’imminence de la clôture du cycle de subventions, MSF exhorte le Fonds mondial et les autorités de Kinshasa à réintégrer d’urgence le Nord-Kivu dans le programme GC8. L’organisation plaide également pour une allocation des ressources sanitaires basée exclusivement sur les besoins réels des populations, en tenant compte de la charge de la maladie et de la vulnérabilité des civils.

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