« nous avons fait de notre mieux » : le Togo défend son pari diplomatique à 2 millions de dollars
Alors que les Togolais subissent de plein fouet la cherté de la vie et une crise économique qui étouffe les ménages, les choix diplomatiques du gouvernement suscitent une vague de critiques. Selon des estimations basées sur l’examen des budgets alloués à la souveraineté et des contrats d’influence à l’étranger, l’opération ayant conduit au vote de la « nouvelle carte de l’Afrique » aux Nations unies aurait coûté pas moins de 2 millions de dollars américains, soit plus d’un milliard de francs CFA, prélevés sur les deniers publics.
Durant plusieurs mois, la diplomatie togolaise s’est livrée à un intense ballet pour promouvoir ce projet cartographique. Mais derrière le discours vantant le « rayonnement diplomatique » du pays, la facture de cette entreprise, essentiellement symbolique, interpelle.
Une addition salée pour une victoire en trompe-l’œil
Où sont donc passés ces 2 millions de dollars sortis des caisses de l’État ? L’analyse des mouvements logistiques et diplomatiques permet d’éclairer la répartition des dépenses :
- Des cabinets d’influence bien rémunérés : Pour faire inscrire cette résolution à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies et séduire les chancelleries occidentales et asiatiques, Lomé a fait appel à des officines spécialisées en diplomatie d’affaires et en communication de crise. Des cabinets de relations publiques parisiens, habitués à travailler pour des présidences africaines, ainsi que des firmes de lobbying américaines, enregistrées auprès du FARA (Foreign Agents Registration Act) à Washington D.C., ont été sollicités. Ces contrats, réglés en devises, se chiffrent en centaines de milliers de dollars.
- Les tournées coûteuses du chef de la diplomatie : Le ministre des Affaires étrangères a multiplié les déplacements en première classe et les séjours dans des hôtels de luxe à New York, Paris, Genève et dans plusieurs capitales africaines. Vols privatisés, per diem élevés et frais de représentation des délégations ont considérablement alourdi l’addition.
- Une diplomatie d’apparat : Dîners officiels, cadeaux protocolaires, prise en charge de délégués et experts internationaux lors des réunions préparatoires : les frais d’intendance destinés à sécuriser des votes favorables ont fait exploser les coûts annexes.
- Des campagnes de communication sur mesure : Financement de relations presse ciblées dans les médias internationaux, publications de tribunes sponsorisées, organisation de colloques pour crédibiliser le projet sur le plan académique : autant de postes de dépenses supplémentaires.
Un luxe que le peuple ne peut pas se payer
Pour la société civile et les observateurs économiques, un tel gaspillage est indécent au vu des besoins urgents du pays. Avec 2 millions de dollars, on aurait pu équiper les hôpitaux de Kara, Dapaong ou encore Adétikopé, qui manquent de matériel de base, construire des salles de classe ou financer des programmes d’aide aux ménages les plus vulnérables.
En privilégiant les fastes diplomatiques et le recours massif à des conseils étrangers plutôt que les nécessités fondamentales des citoyens, le pouvoir togolais illustre, une fois de plus, le fossé béant entre ses ambitions d’image sur la scène internationale et les urgences du quotidien pour les Togolais.