« Nous ne céderons pas », assure Bamako face au blocus du carburant
Depuis septembre 2025, les routes d’approvisionnement du Mali sont devenues un champ de bataille. Le groupe djihadiste JNIM, affilié à Al-Qaïda, a imposé un blocus sur les convois de carburant, provoquant une pénurie qui a frappé Bamako et les villes de l’intérieur. Un an plus tard, cette stratégie d’asphyxie économique expose la vulnérabilité du pouvoir militaire, incapable de sécuriser les voies vitales du pays.
Le carburant, arme de guerre économique
Le 7 septembre 2025, Abou Houzeïfa Bina Diarra, un chef du JNIM, a annoncé l’interdiction de tout acheminement de carburant vers le Mali depuis le Sénégal, la Côte d’Ivoire et la Guinée. Dans la foulée, les activités de Diarra Transport ont été prises pour cible.
Au début, les autorités ont parlé d’accidents ou de difficultés liées aux pluies. Mais dès le 14 septembre, une attaque massive contre un convoi de citernes sur l’axe Kayes-Bamako a révélé la véritable nature du problème. Les assauts se sont multipliés sur les routes commerciales principales, et des enquêtes ont documenté plus de 130 citernes détruites à l’automne 2025.
Le choix des cibles est stratégique. Le Mali, pays enclavé, dépend fortement des importations de carburant acheminées par camions depuis les ports voisins. En s’attaquant à ces convois, le JNIM paralyse l’économie tout entière.
Pénurie et flambée des prix à Bamako
À Bamako, les stations-service ont rapidement été prises d’assaut. Files d’attente interminables, fermetures, rationnement : la capitale a découvert une pénurie inhabituelle. Les prix du carburant sur le marché noir ont explosé, et les transports sont devenus plus chers.
La mécanique est implacable : sans carburant, les taxis et bus réduisent leurs rotations, les marchandises coûtent plus cher à transporter, les commerçants répercutent les surcoûts, et le pouvoir d’achat des ménages s’effondre. Le carburant est devenu le nerf de la guerre, influençant le prix de presque tout.
La crise a aussi touché l’électricité, car le secteur énergétique dépend fortement du gazole. Des images satellites ont montré une baisse de l’éclairage nocturne à Bamako, signe de coupures et de restrictions.
Des services essentiels gravement affectés
Les conséquences dépassent le simple confort. Les écoles et universités ont été perturbées, les enseignants et élèves ne pouvant plus se déplacer. Le secteur de la santé a également souffert : des organisations humanitaires ont signalé des difficultés pour les patients, des coupures électriques dans les structures médicales et des évacuations plus lentes.
À l’hôpital du Point G à Bamako, une baisse de 15 % des consultations pour les cancers du sein et du col de l’utérus a été enregistrée. Dans les villes comme Bla, San ou Mopti, la situation est encore plus critique : les groupes électrogènes s’arrêtent, les commerces ferment, et les services publics sont paralysés.
Le blocus transforme une opération militaire en crise sociale généralisée.
Un défi à la souveraineté de la junte
Pour le JNIM, cette stratégie est redoutable : il n’a pas besoin de conquérir Bamako, il suffit de rendre les routes trop dangereuses pour dissuader les transporteurs. Cela place la junte d’Assimi Goïta dans une position embarrassante.
Depuis son arrivée au pouvoir, le régime militaire a fait de la souveraineté et de la reconquête territoriale son cheval de bataille. Il a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux, mis fin à la MINUSMA et renforcé ses liens avec la Russie. Mais si l’armée ne peut même pas protéger un convoi de carburant, que vaut ce discours ?
Des convois escortés ont réussi à atteindre Bamako, célébrés comme des victoires. Mais le fait que l’arrivée de centaines de citernes soit un événement national montre l’ampleur de la vulnérabilité.
L’économie reste otage de l’insécurité
La dernière attaque signalée, le 2 septembre 2026 entre Fana et Ségou, montre que la crise est loin d’être terminée. Plus de 300 citernes auraient été détruites en un an, selon des évaluations difficiles à vérifier en raison de l’accès limité au terrain.
Le JNIM a réussi à transformer l’enclavement du Mali en arme stratégique. La junte, de son côté, peine à apporter une réponse durable. Chaque camion-citerne qui atteint Bamako est une victoire à la Pyrrhus : il prouve la capacité de l’État à réagir, mais aussi son incapacité à normaliser la situation.
En définitive, cette crise met en lumière une vérité brutale : un État souverain doit protéger ses routes et garantir les services essentiels. Un an après le début du blocus, le Mali en est encore loin.