27 mai 2026

Africa Solidaire

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Oser critiquer Ousmane Sonko au Sénégal : un défi risqué

Oser critiquer Ousmane Sonko au Sénégal : un pari risqué

Au Sénégal, la critique adressée à Ousmane Sonko, figure politique majeure et président de l’Assemblée nationale, expose ses détracteurs à des risques considérables. Cette réticence s’explique principalement par la virulence des réactions de ses partisans sur les réseaux sociaux, où les campagnes de dénigrement se multiplient contre quiconque ose le contester.

Ousmane Sonko à Rabat le 26 janvier 2025

Cette situation a créé un climat d’autocensure parmi les voix dissidentes, par crainte de représailles tant en ligne que dans la vie réelle. Les responsables de la société civile et les journalistes alertent régulièrement sur l’atmosphère d’intimidation qui pèse sur le débat démocratique dans le pays.

Des menaces explicites envers les médias

Dès son accession à la Primature en avril 2024, Ousmane Sonko a multiplié les déclarations hostiles envers la presse, mettant en garde contre ce qu’il qualifie de dérive médiatique. Parmi ses propos les plus marquants :

« On ne peut plus tolérer que des médias publient des informations non vérifiées sur des individus, sous prétexte de liberté de la presse, sans aucune preuve tangible. »

Ces prises de position ont renforcé la méfiance des professionnels des médias et alimenté une atmosphère de tension autour de la couverture des affaires politiques.

Une remise en cause systématique de la justice

Ousmane Sonko n’hésite pas non plus à s’attaquer à l’indépendance du système judiciaire sénégalais. En novembre 2025, lors d’une réunion publique, il a accusé certains magistrats de bloquer des enquêtes financières, accusant ainsi le système judiciaire de perpétuer des pratiques qu’il combat depuis ses débuts en politique. Ces déclarations ont suscité une vive réaction parmi les membres de la magistrature.

Des policiers devant le palais de justice de Dakar

Un recul préoccupant pour les droits des femmes

Les associations féministes sénégalaises dénoncent également un affaiblissement des droits des femmes sous l’ère actuelle. Ossama Monique Sagna, figure militante, souligne plusieurs points noirs :

  • La non-application effective de la loi sur la parité, adoptée en 2010, reste un symbole de ce recul. Le dernier gouvernement de Macky Sall comptait sept femmes ministres, contre seulement quatre dans celui d’Ousmane Sonko avant son limogeage récent, soit environ 13 % de représentation féminine.
  • Les grandes revendications féministes, comme la réforme du Code de la famille ou l’application du protocole de Maputo, peinent à aboutir. Les cas de féminicides, en hausse constante, illustrent l’urgence d’une action politique plus ferme.

« Les attentes des femmes n’ont pas évolué : on parle toujours des mêmes combats — droits reproductifs, protection contre les violences, égalité dans les sphères de décision. Pourtant, les réponses politiques restent insuffisantes, et les féminicides se multiplient. En 2025, près de 18 cas ont été recensés au Sénégal. »

Adji Sarr (au centre), la plaignante contre Ousmane Sonko, quitte le bureau du juge après une confrontation, au tribunal de Dakar, le 6 décembre 2022

Face à cette situation, l’autocensure s’étend bien au-delà des cercles politiques. Les citoyens, les journalistes et les militants hésitent à exprimer leurs désaccords, de peur des conséquences. Le climat politique sénégalais, marqué par ces tensions, interroge sur l’avenir de la liberté d’expression et des droits fondamentaux dans le pays.

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