Panafricanisme aujourd’hui : entre idéaux et dérives
La récente arrestation de Kémi Séba en Afrique du Sud, en compagnie d’un militant suprémaciste blanc, soulève une question cruciale : cet activiste, figure médiatique du panafricanisme contemporain avec plus d’1,5 million d’abonnés, incarne-t-il vraiment l’esprit originel de ce mouvement ? Entre anticolonialisme historique et dérives actuelles, le panafricanisme semble avoir perdu sa voie.

Kémi Séba, un panafricaniste controversé
Arrêté en avril 2026 alors qu’il tentait de rejoindre le Zimbabwe via l’Afrique du Sud, cet activiste béninois-nigérien, président de l’ONG « Urgences panafricanistes », cumule les paradoxes. Connu pour ses positions radicales anti-françaises, anti-franc CFA et antisémites, il a été déchu de sa nationalité française. Poursuivi au Bénin pour apologie de crime contre l’État, il est aujourd’hui recherché par un mandat d’arrêt international pour avoir soutenu un putsch avorté.
Son arrestation aux côtés de François Van der Merwe, suprémaciste blanc sud-africain nostalgique de l’apartheid, interroge : peut-on encore parler de panafricanisme quand ses figures les plus visibles s’allient avec des ennemis déclarés des peuples africains ?
Les nouveaux visages d’un panafricanisme dévoyé
Kémi Séba partage la scène médiatique avec Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, trois voix tonitruantes du panafricanisme francophone. Pourtant, leur combat se résume souvent à une opposition systématique à la France, au détriment d’une réflexion sur l’émancipation réelle du continent. Pire, ils se positionnent comme les relais de la propagande russe en Afrique, soutenant ouvertement les juntes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Le panafricanisme se réduit-il aujourd’hui à remplacer une domination par une autre ? Les exactions des groupes armés russes au Sahel, les répressions sanglantes dans ces pays et l’effondrement démocratique qui les accompagne devraient-ils être ignorés au nom d’un anti-occidentalisme primaire ?
Retour aux sources : un mouvement né de la lutte anticoloniale
Né au début du XXe siècle dans les milieux intellectuels noirs américains et caribéens, le panafricanisme a nourri les luttes de libération en Afrique. Des figures comme Kwame Nkrumah, Sékou Touré ou Patrice Lumumba en ont fait un symbole d’unité et de résistance. L’Organisation de l’unité africaine (OUA), créée en 1963, incarnait cette ambition d’intégration continentale, même si les indépendances ont rapidement cédé la place aux micro-nationalismes et aux conflits.
La transformation de l’OUA en Union africaine (UA) en 2002, sous l’impulsion de Mouammar Kadhafi, n’a pas suffi à relancer le projet. Aujourd’hui, le NEPAD, censé accélérer le développement, est tombé dans l’oubli. Le panafricanisme semble s’être enlisé dans des discours stériles, tandis que les réalités du continent s’éloignent de ses idéaux.
Quand les dirigeants s’affichent panafricanistes… sans agir
De nombreux dirigeants africains se revendiquent panafricanistes pour la forme. Au Sénégal, le PASTEF se réclame de ce courant, tout comme le PPA-CI de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Pourtant, dans les faits, les pays africains se livrent une guerre sourde : chasse aux migrants africains en Afrique du Sud, tensions entre le Sahel et la CEDEAO, ou conflits ethniques dans la Corne de l’Afrique.
Le panafricanisme se réduit-il à un slogan politique ? Où sont les véritables efforts d’intégration économique, d’unité politique ou de solidarité face aux défis globaux ?
Urgent : relancer le panafricanisme ou le condamner ?
Les dérives actuelles du panafricanisme rappellent les dangers d’un discours déconnecté des réalités. Séba lui-même, dans des conversations piratées, qualifierait Nyamsi et Yamb d’« opportunistes » à la solde de Faure Gnassingbé. Ironie de l’histoire pour un homme qui regrette sa nationalité française…
Le vrai panafricanisme ne devrait-il pas plutôt consister à construire une Afrique unie, souveraine et prospère, plutôt qu’à se battre contre des moulins à vent ? Face à la montée des prédateurs internationaux et aux crises qui secouent le continent, l’urgence est à une refondation de ce mouvement. Mais comment y parvenir quand ses représentants les plus en vue préfèrent les alliances douteuses et les postures radicales ?
Le panafricanisme mérite mieux que ses avatars actuels.