Patrimoine public au Gabon : l’appel d’un huissier pour un inventaire national
Alors que des révélations sur des immeubles publics détournés animent le débat, un huissier de justice de Libreville propose un inventaire national du patrimoine de l’État. Pour Maître Axel Foumane Dounga, cette opération, confiée aux huissiers, renforcerait la transparence et la bonne gouvernance.
Question : La question du patrimoine de l’État revient sur le devant de la scène avec des révélations sur des immeubles publics. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
Maître Axel Foumane : Ces informations, qu’elles soient confirmées ou à vérifier, mettent en lumière un problème fondamental : la connaissance exacte du patrimoine de l’État. On ne peut administrer, protéger ou valoriser efficacement un patrimoine sans un inventaire fiable, actualisé et juridiquement sécurisé.
Au-delà de l’émotion, cette situation est une opportunité pour engager une réforme structurelle de la gestion des biens publics.
Vous proposez un inventaire national. Pourquoi est-ce indispensable ?
Un État moderne doit connaître précisément ses biens, mobiliers ou immobiliers. Cet inventaire permettrait d’identifier chaque bien, de vérifier son statut juridique, son affectation, son occupation et les revenus qu’il génère. C’est un outil de bonne gouvernance. Sans état des lieux précis, il est difficile de détecter les occupations irrégulières, les détournements ou les pertes de recettes.
Pourquoi associer les huissiers de justice ?
Les huissiers sont des officiers publics ministériels chargés de l’authentification. Notre profession constate des situations de fait avec impartialité et leur confère une force probante.
Dans le cadre d’un inventaire national, le recours aux huissiers offrirait neutralité, description détaillée des biens, localisation précise, identification des occupants et procès-verbaux à valeur juridique. Ce serait un inventaire opposable et exploitable devant les juridictions.
Quels seraient les objectifs concrets ?
Ils sont nombreux. D’abord identifier tous les biens de l’État, vérifier leur situation juridique et leur mode d’exploitation. Cet exercice permettrait de détecter des occupations sans titre ou des appropriations indues.
L’objectif est aussi de renforcer la transparence dans la gestion du patrimoine public, d’améliorer la gouvernance et de préserver les ressources de l’État au bénéfice des Gabonais.
Cette initiative peut-elle contribuer à la lutte contre la corruption ?
Très clairement. La maîtrise du patrimoine public est un levier majeur de prévention des détournements et des conflits d’intérêts. Quand un patrimoine est identifié, localisé et documenté, les possibilités d’appropriation irrégulière sont limitées.
C’est aussi un outil d’aide à la décision pour les pouvoirs publics, pour mieux valoriser les biens, optimiser leur exploitation ou décider de leur affectation en connaissance de cause.
Quel message adressez-vous aux autorités ?
J’en appelle respectueusement au Président de la République pour que cette opération devienne une priorité nationale. Les exigences de transparence, de bonne gouvernance et de responsabilité sont fortes. Il est essentiel que le Gabon se dote d’une cartographie exhaustive de son patrimoine public.
On ne protège bien que ce que l’on connaît. Cet inventaire serait un héritage précieux pour les générations futures et un signal fort pour une gestion moderne et responsable des biens de la Nation.