23 juin 2026

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Recensement 2024 et élections 2026 au Maroc : le défi du découpage électoral face à l’urbanisation

recensement 2024 et élections 2026 au Maroc : le défi du découpage électoral face à l’urbanisation

Le recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2024) a révélé des transformations démographiques sans précédent au Maroc. Entre l’explosion des banlieues urbaines, le déclin des centres-villes historiques et la stagnation relative des zones rurales, la carte électorale actuelle reflète-t-elle encore une représentativité équitable pour les élections législatives de 2026 ? Analyse des tensions entre croissance urbaine et équité territoriale.

Inscription sur les listes électorales pour les législatives 2026

Les chiffres du RGPH 2024 confirment une mutation profonde de la répartition géographique de la population marocaine. En dix ans, les périphéries des grandes villes ont connu une croissance démographique fulgurante, tandis que les centres-villes historiques subissaient un exode vers les banlieues. Dans le même temps, les zones rurales affichaient une stagnation relative. Ces évolutions remettent en question l’adéquation entre la carte électorale actuelle et les réalités démographiques du pays.

La question centrale pour les élections de 2026 est simple : les circonscriptions électorales reflètent-elles encore une représentativité équitable entre les différentes régions du Maroc ? L’analyse des données démographiques et du découpage actuel révèle des écarts de ratio d’habitants en âge de voter par député qui n’ont jamais été aussi marqués.

Des disparités de représentativité records entre provinces

Le système électoral marocain repose sur deux principes fondamentaux :

  • L’équité démographique : attribuer un nombre de sièges proportionnel à la population d’une circonscription.
  • L’équité territoriale : garantir un minimum de deux sièges par province pour éviter la marginalisation des régions moins densément peuplées ou excentrées.

Cette dualité engendre des contrastes saisissants dans la représentativité des circonscriptions. Dans certaines provinces du Sud, le ratio habitants en âge de voter par siège atteint des niveaux extrêmement bas :

  • Aousserd : 2 992 habitants par siège
  • Tarfaya : 5 368 habitants par siège
  • Assa-Zag : 10 178 habitants par siège
  • Es-Semara : 19 712 habitants par siège
  • Boujdour : 20 185 habitants par siège

À l’opposé, les grands pôles urbains et leurs banlieues présentent des ratios vertigineux :

  • Tanger-Assilah : 213 980 habitants par siège
  • Ménara (Marrakech) : 176 256 habitants par siège
  • Sidi Bernoussi (Casablanca) : 174 501 habitants par siège
  • Nouaceur (périphérie de Casablanca) : 155 172 habitants par siège
  • Inezgane-Aït Melloul : 151 978 habitants par siège

Ces écarts illustrent un paradoxe : un vote exprimé dans une province comme Aousserd ou Tarfaya a un impact proportionnellement bien plus important sur la désignation d’un député qu’un vote dans une grande ville comme Tanger ou Marrakech.

Analyse des ratios habitants par siège dans les circonscriptions marocaines

L’urbanisation accélérée : un défi pour l’équité territoriale

Sur les 36 828 330 habitants que compte le Maroc en 2024, 23 110 108 vivent désormais en milieu urbain, soit une hausse de près de 2,68 millions de personnes en dix ans. En revanche, la population rurale n’a progressé que de 302 419 personnes pour atteindre 13 718 222 habitants. Plus des trois quarts de la population (71,2 %) se concentrent dans seulement cinq régions : Grand Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi, Fès-Meknès et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.

Un phénomène marquant est le glissement de population des centres-villes vers les périphéries. Par exemple, Casablanca-Anfa a perdu près d’un quart de sa population en dix ans, passant de 453 000 à 332 000 habitants, tout en conservant ses 4 sièges, soit un ratio de 68 707 habitants en âge de voter par siège. À l’inverse, la province de Nouaceur, dont la population a doublé pour atteindre 665 000 habitants, ne dispose que de 3 sièges, avec un ratio de 155 172 habitants par siège.

Des situations similaires s’observent autour de Rabat, où les circonscriptions de Rabat-Océan et Rabat-Chellah affichent des ratios de 55 856 et 59 598 habitants par siège, tandis que sa banlieue en expansion, comme Skhirat-Témara, atteint 141 832 habitants par siège.

Les enjeux politiques d’un redécoupage électoral

Adapter la carte électorale aux réalités du RGPH 2024 implique des choix politiques délicats pour les élections de 2026. Si le ministère de l’Intérieur opte pour un rééquilibrage sans augmenter le nombre total de députés, il devra retirer des sièges aux zones en déclin démographique, comme Anfa ou certains centres de Rabat, pour les attribuer aux périphéries en croissance, comme Nouaceur ou Skhirat-Témara.

Cette redistribution aurait des conséquences électorales majeures. Une réduction du nombre de sièges dans une circonscription intensifie la compétition politique, favorisant mécaniquement les grands partis dotés de ressources financières et logistiques importantes, comme le RNI, le PAM ou l’Istiqlal. À l’inverse, un nombre élevé de sièges par circonscription facilite l’accès au Parlement pour les formations plus modestes via le mécanisme du plus fort reste.

Ruralité et participation électorale : un paradoxe marocain

Malgré l’urbanisation croissante, une partie importante de l’électorat des grandes villes reste inscrite dans sa commune rurale d’origine pour préserver des liens d’influence locale. Cette pratique explique les taux de participation exceptionnellement élevés dans les zones rurales, souvent supérieurs à 90 % des inscrits, tandis que les métropoles urbaines affichent des niveaux d’abstention records, dépassant parfois 70 % à 80 % dans certaines circonscriptions de classe moyenne.

Les campagnes d’inscription et de révision des listes électorales jouent un rôle clé dans ce contexte. Elles visent non seulement à enregistrer les nouveaux électeurs, mais aussi à mettre à jour les données des citoyens ayant changé de résidence, à corriger les erreurs d’enregistrement et à améliorer la fiabilité du fichier électoral en vue des législatives du 23 septembre 2026.

L’équation des législatives 2026 : classe moyenne urbaine et abstention

Les données démographiques issues du RGPH 2024 soulèvent des défis stratégiques majeurs pour le prochain scrutin, comme l’a souligné l’expert David Goeury. Deux enjeux se dessinent clairement :

  • La remobilisation de la classe moyenne urbaine : touchée par l’inflation et estimant peu bénéficier des réformes sociales récentes, cette catégorie s’était largement abstenue en 2021. Son éventuelle participation en 2026, qu’il s’agisse d’un vote de contestation ou en faveur de nouvelles propositions, pourrait modifier les équilibres politiques actuels.
  • Le positionnement des forces politiques : les partis de la majorité devront défendre leur bilan économique et social dans un contexte post-inflationniste, tandis que l’opposition, comme le PJD, tentera de capitaliser sur le mécontentement urbain et de rallier sa base militante déçue par la gestion locale passée.

En définitive, concilier les réalités démographiques issues du RGPH 2024 et le maintien des équilibres territoriaux constituera un exercice complexe pour les décideurs. Si aucune révision officielle du découpage électoral n’a encore été annoncée, les nouveaux chiffres de population posent les bases d’un débat technique et politique incontournable pour les législatives de 2026.

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