24 juillet 2026

Africa Solidaire

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Sénégal : quand la suspicion envers les étrangers devient la norme

Cette nuit-là, Amadou Bangoura n’oubliera jamais l’intensité des regards braqués sur lui. Il est près de 22 heures, ce 30 juin au Sénégal. L’étudiant béninois, résidant à Dakar depuis cinq ans, quitte sa salle de sport de Liberté 6, comme à son habitude. Les rues, plongées dans une obscurité à peine troublée par quelques phares, sont désertes. Soudain, une voix autoritaire l’interpelle : ‘Papiers !’ Deux policiers, sortis de leur véhicule, l’invitent à présenter ses documents. Son titre de séjour, pourtant en règle, ne suffit pas à apaiser leur méfiance.

une campagne de contrôles qui interroge

Entre le 30 juin et le 8 juillet, la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage a mené une vaste opération de contrôles ciblant principalement les ressortissants d’Afrique de l’Ouest dans la capitale sénégalaise et sa banlieue. Officiellement, l’objectif affiché est de ‘renforcer la sécurité des personnes’. Pourtant, les chiffres révèlent une réalité plus contrastée : 490 contrôles ont été effectués, aboutissant à l’interpellation de 36 étrangers en situation irrégulière, déférés au parquet pour séjour illégal.

des pratiques qui ébranlent l’hospitalité sénégalaise

Amadou Bangoura, dont la présence au Sénégal est parfaitement légale, décrit une expérience traumatisante : ‘J’ai craint pour mon avenir ce soir-là.’ Son cas n’est pas isolé. Les organisations de la société civile dénoncent une ‘banalisation de la suspicion permanente envers l’étranger’, une logique qu’elles jugent disproportionnée. Leurs critiques visent les interpellations arbitraires, les exigences administratives jugées excessives et les rétentions prolongées, autant de pratiques qui s’éloignent de l’image traditionnelle de la Teranga (hospitalité en wolof), chère aux Sénégalais.

Un communiqué publié le 13 juillet par ces associations souligne que le problème ne réside pas dans l’existence d’une politique migratoire, mais dans sa mise en œuvre. Les auteurs du texte pointent du doigt des dérives inquiétantes, transformant une simple routine administrative en épreuve pour des milliers de résidents étrangers légaux.

la Guinée dans le viseur des préjugés

Les réseaux sociaux, notamment TikTok, amplifient ces tensions. Des discours hostiles, relayant des stéréotypes infondés, ciblent particulièrement la communauté guinéenne. Représentant plus de 40 % des étrangers installés au Sénégal, ses membres sont accusés, sans preuve, de priver les locaux d’emplois. Ces accusations rappellent étrangement les rhétoriques xénophobes qui ont récemment resurgi en Afrique du Sud, où des migrants sont régulièrement désignés comme boucs émissaires.

Ces vagues de contrôles surviennent alors que le Sénégal vient tout juste de prendre la présidence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Une coïncidence qui interroge sur la cohérence entre les discours officiels prônant l’unité régionale et les pratiques observées sur le terrain.

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