25 juin 2026

Africa Solidaire

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Shell renoue avec le Gabon dix ans après son départ

Shell effectue son retour au Gabon, une étape décisive pour le secteur pétrolier local. Dix années après avoir quitté le pays, la major anglo-néerlandaise se prépare à réinvestir le bassin sédimentaire gabonais, dans un contexte où Libreville tente de stopper la chute de sa production d’hydrocarbures. L’annonce, faite en pleine phase de réformes post-transition politique, démontre la détermination des autorités à attirer les investisseurs internationaux.

En 2016, Shell avait pris la décision de se retirer du Gabon en cédant ses actifs terrestres à Assala Energy, un véhicule alors contrôlé par le fonds Carlyle. La transaction, d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars, s’inscrivait dans une rationalisation mondiale du portefeuille du groupe, lequel se concentrait sur des projets jugés plus rentables, comme le gaz naturel liquéfié et les explorations en eaux profondes. Ce départ avait créé un vide notable, le Gabon perdant un opérateur historique.

Un signal fort pour l’industrie pétrolière gabonaise

Le retour du pétrolier intervient sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir après la transition d’août 2023 et confirmé par les urnes. Les autorités gabonaises ont intensifié leurs efforts pour rendre le cadre amont plus favorable : révision du code des hydrocarbures, relance des appels d’offres pour les blocs, discussions bilatérales avec plusieurs majors. L’objectif est d’inverser la tendance d’une production qui stagne autour de 200 000 barils par jour, loin du pic des années 1990.

Pour Shell, cette décision de revenir est stratégique. Le groupe, qui s’était séparé d’actifs matures jugés peu prioritaires, ajuste désormais sa vision du continent africain. La rareté des grandes découvertes terrestres, la hausse des coûts d’exploration en eaux ultraprofondes et la recherche de relais de croissance pétrolière à moyen terme modifient les choix des compagnies. Le bassin gabonais, avec ses perspectives en offshore profond et autour des structures pré-salifères, retrouve ainsi de l’attrait.

La production en déclin, un défi pour Libreville

La production pétrolière demeure la principale source de devises du Gabon, représentant habituellement plus de 40 % des recettes budgétaires et près de 80 % des exportations. Cependant, l’épuisement progressif des champs matures et la faiblesse des investissements récents ont fragilisé cet équilibre. Les autorités comptent sur le retour des grands noms du secteur pour dynamiser l’exploration et prolonger la durée de vie des gisements.

Plusieurs acteurs internationaux ont déjà montré un regain d’intérêt pour le pays. La compagnie nationale, Gabon Oil Company (GOC), renforce son rôle dans la gestion des actifs, alors que les contrats arrivent à terme ou sont renégociés. Le retour de Shell pourrait, dans ce cadre, se faire en partenariat avec d’autres opérateurs locaux, comme Perenco, TotalEnergies ou BW Energy, dont les positions sur les blocs offshore se sont renforcées.

Un retour aux contours encore à définir

Les modalités exactes du redéploiement de la major restent à préciser : quels blocs, quel calendrier, quels montants d’investissement, quel modèle contractuel. La nature des permis visés – onshore ou eaux profondes – déterminera l’ampleur du retour. Une présence en offshore profond nécessiterait des engagements de plusieurs centaines de millions de dollars, tandis qu’une stratégie axée sur des actifs matures serait plus mesurée, centrée sur l’optimisation de la production.

Au-delà du cas Shell, c’est la crédibilité de la nouvelle politique pétrolière gabonaise qui est en jeu. La capacité de Libreville à transformer les annonces en investissements concrets, dans un contexte de concurrence avec le Nigeria, l’Angola, la Namibie ou le Sénégal pour attirer les capitaux des majors, décidera de l’avenir du secteur dans la décennie à venir. Le retour de la compagnie anglo-néerlandaise constitue un test grandeur nature pour le nouveau pouvoir.

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