24 avril 2026

Tanzanie : les violences post-électorales de 2025 sous le feu des critiques

Un bilan officiel contesté par l’opposition et les défenseurs des droits humains

Six mois après le scrutin présidentiel du 29 octobre 2025, la Commission d’enquête nommée par le gouvernement a rendu public un rapport accablant sur les violences post-électorales. Annonçant un bilan de 518 morts, les autorités tanzaniennes tentent de tourner la page, mais se heurtent à une opposition farouche et à des organisations non gouvernementales qui qualifient ces chiffres de « minimisation dangereuse ».

Une commission d’enquête sous le feu des polémiques

Dans une déclaration solennelle à Dar es Salaam, la Commission a détaillé les conclusions de son enquête, attribuant les décès aux affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, ainsi qu’aux violences intercommunautaires. Le rapport reconnaît pour la première fois l’ampleur des violences, tout en imputant la majorité des décès à des débordements lors de rassemblements non autorisés. Les autorités pointent également du doigt certains leaders d’opinion pour leur rôle dans l’escalade des tensions.

Un chiffre officiel qui divise la Nation

Le bilan de 518 morts, bien que dramatique, est immédiatement remis en cause. Dès sa publication, l’opposition, notamment les principaux partis contestataires, a dénoncé une minimisation systématique des victimes, évoquant des milliers de disparitions non recensées dans le rapport.

Les organisations de défense des droits humains, s’appuyant sur des témoignages et des analyses satellites, vont plus loin : elles accusent l’État d’une répression méthodique et planifiée, en contradiction avec la thèse officielle des bavures isolées avancée par Dar es Salaam.

Une stratégie diplomatique sous haute tension

En publiant ces chiffres, le gouvernement tente de concilier deux objectifs contradictoires : reconnaître une partie de ses responsabilités pour apaiser la pression internationale, tout en évitant de s’exposer à des poursuites pour crimes contre l’humanité. Une équation complexe qui soulève des questions sur l’impartialité du rapport.

Un représentant d’une organisation locale de la société civile, sous couvert d’anonymat, a vivement critiqué cette démarche : « Ce document ne vise pas la vérité, mais la légitimation du régime aux yeux de la communauté internationale. »

Vers une réconciliation ou vers de nouvelles fractures ?

La publication de ce rapport marque-t-elle le début d’un processus de réconciliation ou l’amorce d’une nouvelle crise politique ? En Tanzanie, les appels à une enquête indépendante se multiplient, portés par des observateurs et des citoyens lassés par les zones d’ombre persistantes.

Pour de nombreux analystes, tant que les incertitudes sur le nombre réel de victimes et sur l’identification des responsables subsisteront, les traumatismes de 2025 continueront de hanter la vie politique du pays. Le pays se trouve aujourd’hui face à un défi majeur : reconstruire une histoire commune alors que chaque camp refuse catégoriquement la version de l’autre.

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