11 mai 2026

Tchad : frappes contre jihadistes font des victimes parmi les pêcheurs

Des soldats tchadiens en patrouille près du lac Tchad

Une opération militaire menée par l’armée du Tchad contre des groupes jihadistes dans le nord-est du Nigeria aurait causé la mort d’une quarantaine de pêcheurs nigérians. Ces frappes, débutées vendredi, visaient des positions de Boko Haram situées sur des îles du lac Tchad, à proximité de la frontière tchadienne.

Selon des témoignages recueillis dimanche auprès de membres d’un groupe d’autodéfense, les avions de chasse tchadiens ont bombardé plusieurs zones contrôlées par les jihadistes, suite à une attaque meurtrière perpétrée quatre jours plus tôt contre une base militaire tchadienne. Cette embuscade avait fait au moins 24 victimes dans les rangs de l’armée.

Des victimes civiles dans des zones de pêche

Boko Haram impose régulièrement un « impôt » aux pêcheurs souhaitant accéder aux eaux poissonneuses de ces îles isolées. Les bombardements ont selon toute vraisemblance touché des civils, principalement des pêcheurs originaires de la région de Doron Baga, sur les rives nigérianes du lac, et de l’État de Taraba.

Un responsable syndical a révélé que « quarante pêcheurs nigérians sont portés disparus et présumés noyés après ces frappes ». Il s’appuie sur les récits de rescapés ayant fui la zone. L’un d’eux, Adamu Haladu, pêcheur originaire de Baga, a confirmé que « de nombreuses personnes ont péri lors de ces attaques aériennes ». Il a également précisé que les pêcheurs nigérians paient effectivement un tribut à Boko Haram pour accéder à ces territoires riches en poissons.

Un précédent tragique en 2024

L’armée tchadienne n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations. Pourtant, ce n’est pas la première fois que ses frappes font des victimes civiles. En octobre 2024, une opération de représailles contre Boko Haram sur l’île de Tilma avait déjà été pointée du doigt. Initialement destinée à riposter à la mort de 40 soldats tchadiens, cette frappe aurait selon des témoins atteint des pêcheurs par erreur. Malgré les dénégations de l’armée, les accusations de ciblage de civils persistent.

L’insurrection jihadiste, qui sévit depuis 2009 dans le nord-est du Nigeria, a déjà fait plus de 40 000 morts et déplacé plus de deux millions de personnes. Son influence s’étend désormais aux pays voisins que sont le Niger, le Cameroun et le Tchad. Le lac Tchad, partagé entre ces quatre nations, est devenu un foyer actif de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) et de Boko Haram.

Pour lutter contre cette menace, une force multinationale mixte avait été réactivée en 2015 par le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger. Cependant, le Niger a quitté cette coalition régionale en 2025, compliquant encore davantage la coordination sécuritaire dans la zone.

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