Tchad : le régime renforce son autoritarisme face à l’opposition
Chad's President Mahamat Idriss Deby attends the working lunch on reform of the international financial architecture at the Africa Forward summit in Nairobi on May 12, 2026. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)
Un durcissement politique inquiétant au Tchad
Le Tchad franchit une nouvelle étape vers un retour à l’autoritarisme avec la condamnation de huit responsables de l’opposition à de lourdes peines de prison. Leur crime ? Avoir tenté d’organiser une manifestation pacifique pour dénoncer les dysfonctionnements de la gouvernance actuelle. Ces décisions judiciaires, couplées à la dissolution de leur plateforme, le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), illustrent une stratégie claire : museler toute voix dissidente et asphyxier l’espace démocratique.
Une opposition décapitée et un régime sans contre-pouvoir
Parmi les figures condamnées, Succès Masra, leader du parti Les Transformateurs et principale opposition au président Mahamat Idriss Déby, purge déjà une peine de vingt ans de prison depuis août 2025. Son parti, tout comme le GCAP, est désormais interdit d’activité publique. Avec la disparition de ces structures, le Mouvement patriotique du salut, parti au pouvoir, se retrouve sans rival crédible. Le risque ? Le retour à un système où un seul parti domine le paysage politique, comme sous les présidences de François Tombalbaye ou Hissène Habré, deux époques marquées par la répression et l’absence de pluralisme.
La répression judiciaire et policière se normalise
Depuis plus de six ans, les manifestations sont systématiquement interdites et réprimées dans le sang. En octobre 2022, les forces de l’ordre ont fait plus de 200 morts lors de protestations contre le pouvoir. Aujourd’hui, c’est le système judiciaire qui est instrumentalisé pour neutraliser l’opposition. Les huit responsables du GCAP ont été condamnés à huit ans de prison ferme pour des accusations floues comme l’association de malfaiteurs ou la rébellion, des chefs d’accusation contestés par leurs avocats qui dénoncent un procès expéditif et des preuves fabriquées.
L’usage disproportionné de la force n’épargne même plus les événements symboliques. En avril 2024, des militants des Transformateurs célébrant l’anniversaire de leur parti ont subi une attaque armée ayant causé un mort, deux blessés graves et le kidnapping du trésorier du parti, retrouvé torturé. Malgré les promesses du gouvernement de poursuivre les responsables, ces violences deviennent monnaie courante.
Un retour en arrière historique
Depuis son indépendance en 1960, le Tchad est plongé dans un cycle de coups d’État et de conflits sanglants. Les présidents Tombalbaye, Habré et même Idriss Déby Itno ont tous été renversés ou tués dans des violences politiques. La transition entamée en 2021 après la mort du président Déby Itno n’a pas permis de briser ce cycle. Pire : le régime actuel a renforcé son emprise en modifiant la Constitution pour supprimer la limitation des mandats présidentiels, prolongeant ainsi son pouvoir. En octobre 2025, la durée du mandat est passée à sept ans, un signe supplémentaire de la volonté de pérenniser le contrôle politique.
Quelles solutions pour éviter l’implosion ?
Face à cette dérive autoritaire, la société civile tchadienne et les partenaires internationaux doivent agir. L’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs et le respect des libertés fondamentales sont des piliers indispensables pour rétablir un État de droit. Les forces de l’ordre doivent être mieux formées et encadrées pour éviter le recours excessif à la violence lors des rassemblements publics. Une révision de la doctrine de maintien de l’ordre, incluant des mécanismes de contrôle externe, s’impose.
Les organisations régionales comme l’Union africaine ou la CEEAC, ainsi que l’ONU, ont un rôle clé à jouer. Leur pression diplomatique pourrait inciter le régime à revenir à la table des négociations et à respecter ses engagements en matière de droits humains. Sans cela, le risque de radicalisation, notamment chez les jeunes, est réel et pourrait plonger le pays dans une nouvelle spirale de violences.
Le Tchad a connu trop de périodes sombres. Il est urgent de tirer les leçons de son histoire pour éviter de reproduire les erreurs du passé.