Tchad : l’enA explore le rôle clé des conseils provinciaux dans la décentralisation
L’École Nationale d’Administration (ENA) du Tchad a organisé ce vendredi après-midi une conférence-débat d’une grande importance, réunissant étudiants, fonctionnaires en formation, administrateurs civils et acteurs politiques autour du thème : « La décentralisation au service du développement : le rôle des conseils provinciaux ». Animée par Albert Pahimi Padacké, sénateur et ancien Premier ministre, cette rencontre a permis d’aborder une question cruciale pour l’avenir du pays.
Avec une carrière politique marquée par deux mandats de Premier ministre et une expertise en administration publique, Albert Pahimi Padacké a su captiver son auditoire en proposant une analyse à la fois historique et prospective. Dès son introduction, il a souligné l’urgence de ce débat, rappelant que la décentralisation au Tchad s’inscrit dans un mouvement plus large impulsé par les transitions démocratiques africaines des années 1990, ainsi que par les attentes des bailleurs de fonds et les principes de bonne gouvernance.
La décentralisation tchadienne trouve ses racines dans la Conférence Nationale Souveraine de 1993, qui a posé les bases d’un État unitaire décentralisé. Cette orientation a été consolidée par la Constitution de 1996, puis réaffirmée dans les textes ultérieurs, notamment la Constitution de 2023 (5e République). Plusieurs lois organiques ont depuis précisé ce cadre juridique, comme la loi n°14 de 2024 relative aux statuts des collectivités autonomes et la loi n°28 de 2024 sur la répartition des compétences entre l’État et les collectivités locales.

Trois axes pour comprendre la décentralisation au Tchad
Albert Pahimi Padacké a structuré son intervention autour de trois axes majeurs, illustrant la complexité et l’importance de ce processus :
- Les fondements politiques et juridiques : la décentralisation est un levier essentiel pour le développement local, encadré par des principes constitutionnels comme celui de subsidiarité (article 271 de la Constitution), qui vise à rapprocher les décisions des citoyens.
- Les défis persistants : malgré les avancées législatives, les conseils provinciaux peinent encore à exercer pleinement leurs prérogatives en raison de retards dans le transfert des ressources, de capacités techniques limitées et de tensions entre administration déconcentrée et collectivités locales.
- Les solutions pour un avenir efficace : Pahimi Padacké a proposé des pistes concrètes, comme l’accélération du transfert des ressources financières (notamment les revenus pétroliers et fiscaux), le renforcement des capacités des élus et agents locaux, et l’implication accrue de la société civile.
Un appel à l’action pour les futurs administrateurs
En conclusion, l’ancien Premier ministre a insisté sur l’impérieuse nécessité de faire de la décentralisation une réalité tangible. Il a appelé les futurs administrateurs à s’emparer de ces enjeux, rappelant que le développement équilibré du Tchad et la proximité entre l’État et les populations en dépendent. Le principe de subsidiarité, a-t-il martelé, doit devenir la pierre angulaire d’une administration plus efficace et plus proche des citoyens.