Accès à l’eau au Tchad : entre espoirs et réalités après le forum
accès à l’eau au Tchad : entre espoirs et réalités après le forum
Depuis ce mercredi 15 juillet, N’Djamena abrite le Forum africain de l’eau, un événement placé sous le signe de l’action concrète. Organisé en partenariat avec le Groupe de la Banque mondiale, cette rencontre rassemble des chefs d’État, des experts et des partenaires financiers pour trouver des solutions face à la crise de l’eau en Afrique. Pourtant, dans le pays hôte, le Tchad, les attentes sont teintées de scepticisme.
un forum sous le signe de l’action, mais des défis persistants
Le thème de cette édition, « De la vision à l’action », résume l’ambition du forum : transformer les engagements politiques en projets concrets. Avec près de 40 % de sa population privée d’eau potable, le Tchad incarne à lui seul les enjeux du continent africain. Les discussions portent sur des partenariats entre États, bailleurs de fonds et secteur privé pour accélérer les investissements dans les infrastructures hydrauliques.
Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : malgré les annonces officielles revendiquant un taux national d’accès à l’eau potable de 63,5 %, la réalité est bien différente. Dans des régions comme le Guéra, le Wadi Fira ou le Sila, seulement 10 à 21 % des habitants bénéficient d’une source d’eau potable fiable.
des Tchadiens divisés entre espoir et désillusion
Certains habitants, comme Eliane, ménagère à N’Djamena, placent leur confiance dans ce forum. « En tant que femme et citoyenne tchadienne, j’espère une amélioration concrète de l’accès à l’eau potable. La qualité de l’eau que certains consomment est préoccupante. Si ce forum peut changer les choses, tant mieux », confie-t-elle.
À l’inverse, d’autres, comme Richard, enseignant, restent sceptiques. « Nous avons assisté à de nombreuses rencontres similaires, mais rien n’a changé. Je doute que ce forum améliore la situation de l’eau au Tchad. Il faudrait d’abord une réelle volonté politique », explique-t-il.
Moussa, jeune commerçant, partage cet avis : « L’argent dépensé pour organiser ce forum aurait pu financer directement des milliers de points d’eau. Trop souvent, ces événements se terminent par des recommandations sans suite. »
des inégalités criantes et des conséquences sanitaires
Les disparités territoriales aggravent la crise. Dans des provinces reculées, les habitants dépendent encore de marigots ou de points d’eau contaminés, favorisant la propagation de maladies hydriques et aggravant la malnutrition. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) alerte sur cette situation et appelle les autorités à intensifier les investissements dans les infrastructures hydrauliques et l’assainissement.
Son président, Belngar Larmé Laguerre, souligne : « L’accès à l’eau est un impératif de paix, de cohésion sociale, de sécurité alimentaire et de développement humain. Sans une action urgente, les inégalités ne feront que s’accentuer. »
une organisation qui interroge
Un détail a suscité des interrogations : l’organisation du forum a été confiée au ministère des Finances, du Budget, de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, plutôt qu’au ministère de l’Eau. Ce choix interroge quant à la cohérence des politiques publiques en matière d’eau et de gestion des ressources.
Alors que des millions de Tchadiens attendent une solution durable, ce forum représente à la fois une lueur d’espoir et un rappel des défis immenses qui restent à relever pour garantir un accès universel à l’eau potable dans le pays.