Retour surprise de Macky Sall au Sénégal, un séisme politique
retour surprise de Macky Sall au Sénégal, un séisme politique
L’ancien président sénégalais, battu en 2024, doit fouler le sol dakarois ce vendredi 18 juillet. Une visite aux relents de division, alors que les plaies de la répression de son mandat restent ouvertes.
- Publié le 15-07-2026 à 18h51

Un retour sous haute tension : l’ancien président Macky Sall, contraint à l’exil après sa défaite électorale de 2024, atterrira ce vendredi à l’aéroport militaire de Yoff, en périphérie de Dakar. Une arrivée symbolique, marquée par une rencontre prévue avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Une démarche qui jette un froid dans l’opinion, alors que les tensions entre les deux hommes restent vives.
Les fantômes du passé resurgissent
Les cicatrices de la répression sous son mandat sont encore à vif. À quelques semaines du scrutin de 2024, Bassirou Diomaye Faye était incarcéré à la prison du Cap Manuel, aux côtés de centaines d’autres militants de son parti, le Pastef. Une époque où les arrestations arbitraires se multipliaient, parfois pour un simple bracelet aux couleurs du mouvement.
Aly Coly, l’un de ces détenus, en garde un souvenir amer : « Ma famille et moi avions été enfermés pendant des mois, simplement pour avoir soutenu Faye et Sonko. Même ma femme et notre bébé de trois mois partageaient notre cellule. Et aujourd’hui, alors que je regarde Bassirou Faye discuter paisiblement, j’apprends qu’il va recevoir l’homme qui a ordonné tout cela ! »
Selon les bilans officiels, plus d’un millier de prisonniers politiques avaient été recensés entre 2021 et 2024. Soixante-cinq personnes ont péri lors des affrontements avec les forces de l’ordre. Des drames qui ont nourri la campagne de Bassirou Diomaye Faye, axée sur la justice et la rupture avec l’ancien régime. Pourtant, deux ans après, rien n’a changé : « Aucune enquête n’a été ouverte, personne n’a été inquiété. Macky Sall revient comme si de rien n’était. C’est le retour de l’ancien système, et les Sénégalais ne sont pas dupes », s’indigne Aly.
L’ombre de l’ONU plane sur cette visite
Derrière ce déplacement se profile une ambition internationale : Macky Sall a clairement indiqué que sa visite de quelques heures était liée à sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU. Une démarche qu’il avait déjà évoquée devant l’Assemblée générale le 22 avril dernier, se présentant en défenseur du multilatéralisme. Pourtant, son projet peine à convaincre, notamment au sein de l’Union africaine, qui ne lui accorde pas son soutien. Un appui du président sénégalais pourrait changer la donne.
Pourtant, l’idée d’un ancien dirigeant accusé de graves violations des droits humains à la tête de l’organisation divise profondément. « L’ONU a pour mission de protéger les droits humains. Comment imaginer qu’une personne ayant supervisé la mort de 65 manifestants puisse diriger cette institution ? », s’interroge Aly Coly.
Pour d’autres, en revanche, cette candidature pourrait redorer le blason du Sénégal. « Une telle nomination renforcerait l’image du pays, un atout majeur pour attirer investisseurs et capitaux étrangers », estime Maurice Soundieck Dione, politologue à l’université Gaston Berger.
Un calcul politique risqué
Pour Bassirou Diomaye Faye, ce rapprochement avec son prédécesseur pourrait s’avérer stratégique. Depuis des mois, les relations avec son mentor, Ousmane Sonko, se dégradent. Le président de l’Assemblée nationale, figure incontournable du paysage politique, n’hésite pas à freiner les initiatives de son ancien allié. « Rencontrer Macky Sall permet à Diomaye Faye de chercher de nouveaux appuis, quitte à s’aliéner une partie de son électorat », analyse Maurice Soundieck Dione.
Élu sur la promesse d’une rupture radicale avec l’ancien système, le président actuel est désormais accusé de réintégrer des acteurs de l’ère Sall. Plusieurs nominations controversées ont alimenté les critiques. « Beaucoup estiment qu’il trahit Sonko et renie ses engagements. Au Sénégal, c’est culturellement inacceptable de tourner le dos à son mentor », rappelle le politologue.
Reste à savoir si cette rencontre sera perçue comme une trahison ou le début d’une nouvelle alliance. Une chose est sûre : le retour de Macky Sall secoue un pays déjà profondément divisé.