Armand Noutack II dénonce la corruption mentale au Cameroun
Armand Noutack II : « la véritable corruption au Cameroun est dans nos mentalités »
Le professeur et analyste politique décrypte les paradoxes d’une société camerounaise qui exige le changement sans remettre en question ses propres contradictions.
Une société camerounaise en quête de changement… mais pas trop
Dans une tribune percutante, Armand Noutack II, enseignant et observateur avisé de la scène politique camerounaise, expose avec franchise les paradoxes d’une société qui revendique le changement tout en perpétuant les mêmes travers. Pour lui, le véritable défi ne réside pas uniquement dans les comportements des dirigeants, mais bien dans l’attitude des citoyens eux-mêmes.
Selon son analyse, les Camerounais seraient davantage attachés au statu quo qu’ils ne le laissent paraître. L’amour des réseaux et des petits arrangements aurait pris le pas sur toute velléité de transformation profonde. Cette mentalité expliquerait pourquoi les initiatives visant à assainir les finances publiques, comme le contrôle du fichier solde de l’État, suscitent autant de résistances.
Les contradictions d’une société en mal de changement
L’auteur soulève des questions cruciales : comment peut-on exiger un changement tout en sabotant les mécanismes censés l’accompagner ? Il cite des exemples concrets où les citoyens, y compris parmi les opposants, se rendent coupables des mêmes travers qu’ils dénoncent chez les dirigeants.
- Les fonctionnaires qui réclament le départ de Paul Biya depuis l’étranger, tout en laissant leurs proches percevoir leurs salaires frauduleusement.
- Les commerçants qui crient haro sur la corruption mais ne paient pas leurs impôts et vendent des produits avariés.
- Les enseignants qui trafiquent les notes et harcèlent leurs élèves, tout en participant aux meetings de l’opposition.
- Les policiers qui monnayent leur non-respect des règles sur les routes tout en exigeant un pays plus juste.
- Les médecins qui désertent les hôpitaux publics pour des cliniques privées, tout en réclamant des réformes.
Pour Armand Noutack II, ces incohérences ne sont pas anodines : elles révèlent une corruption mentale bien plus profonde que les simples malversations financières. C’est cette corruption qui, selon lui, empêche toute évolution réelle du pays.
La corruption généralisée : un système ou une mentalité ?
L’enseignant interroge : cette corruption généralisée est-elle le fruit d’un système imposé par le pouvoir en place, ou bien la résultante d’une société qui a appris à tirer profit de l’ambiguïté ? Il rappelle que le Cameroun ne pourra se reconstruire après Biya que si chaque citoyen accepte de remettre en question ses propres comportements.
Sa conclusion est sans appel : « Si tu ne peux pas être toi-même le changement que tu souhaites pour ton pays, alors tais-toi. »* Il appelle à une prise de conscience collective et à des sanctions ciblées contre les fraudeurs, où qu’ils se trouvent.