10 juin 2026

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Au Gabon, la recherche scientifique cultive l’indépendance alimentaire

Libreville, lundi 8 juin 2026 – Transformer la recherche en levier de souveraineté économique : tel est l’ambitieux pari que le Gabon s’apprête à relever. Alors que le pays vise une réduction drastique de ses importations alimentaires et l’arrêt complet de l’entrée de poulets de chair étrangers d’ici 2027, les efforts se concentrent désormais sur les champs expérimentaux du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST) à Kougouleu.

La récente visite du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et porte-parole du gouvernement, Charles Edgar Mombo, sur ce site stratégique va bien au-delà d’une simple inspection. Elle illustre un changement de cap majeur : la science devient un outil opérationnel de transformation économique et un pilier de la souveraineté nationale.

Dans un pays où les importations alimentaires pèsent lourdement sur la balance commerciale, produire localement les matières premières nécessaires à l’élevage est désormais un enjeu aussi crucial que l’exploitation minière ou énergétique. Le Gabon, riche en terres fertiles et en ressources hydriques, dispose d’atouts naturels considérables pour y parvenir.

La recherche au cœur du projet national

L’objectif fixé par les autorités est clair : bâtir une filière avicole capable de répondre à la demande nationale tout en diminuant progressivement les importations. Pour y parvenir, l’alimentation animale est essentielle. Le maïs et le soja, principaux composants de la provenderie pour volailles, sont encore largement importés, ce qui fragilise l’autonomie du secteur.

À Kougouleu, les chercheurs du CENAREST travaillent sur cette équation complexe. Onze variétés de maïs font l’objet d’expérimentations pour identifier les semences les mieux adaptées aux conditions pédoclimatiques du Gabon. L’enjeu dépasse la simple performance agricole : il s’agit de sélectionner des variétés capables d’assurer des rendements suffisants pour alimenter durablement une industrie avicole nationale en pleine expansion.

Parallèlement, des essais sont menés sur onze variétés de soja introduites grâce à une coopération internationale avec des centres de recherche du Malawi. Des expérimentations complémentaires sont également conduites dans la province de la Nyanga, notamment à Tchibanga, afin d’évaluer les performances selon les différents écosystèmes du pays.

Cette démarche marque une évolution importante : longtemps perçue comme éloignée des préoccupations économiques immédiates, la recherche devient aujourd’hui un acteur opérationnel du développement, capable d’impulser des transformations concrètes.

L’ambition d’une filière intégrée

La stratégie gouvernementale repose sur une logique simple : produire localement les intrants indispensables à l’élevage pour réduire les coûts de production et renforcer la compétitivité des producteurs gabonais. Cette vision s’inscrit dans une tendance observée sur le continent africain, où la dépendance aux importations demeure l’un des principaux facteurs de vulnérabilité économique.

Pour Charles Edgar Mombo, les résultats observés sur le terrain démontrent déjà le potentiel du pays. Le ministre a salué l’engagement des chercheurs et souligné la capacité du système national d’enseignement supérieur à accompagner concrètement les grandes orientations fixées par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Au-delà de l’aspect agricole, le message est politique : la science n’est plus seulement destinée à produire de la connaissance ; elle doit désormais contribuer directement aux priorités nationales.

Une souveraineté qui reste à construire

Les avancées enregistrées sont encourageantes, mais elles ne doivent pas masquer les défis persistants. Les chercheurs eux-mêmes soulignent la nécessité d’étendre les surfaces expérimentales pour améliorer la qualité des essais et augmenter les volumes de production. Le passage de l’expérimentation scientifique à la production industrielle constitue souvent l’étape la plus délicate.

L’enjeu financier reste également important : la modernisation agricole nécessite des investissements massifs, des infrastructures adaptées, des mécanismes de financement accessibles aux producteurs et une meilleure organisation des chaînes de valeur.

Pourtant, pour la première fois depuis longtemps, le Gabon semble engager une réflexion cohérente reliant recherche, agriculture, industrie et souveraineté économique. La visite ministérielle à Kougouleu symbolise un changement de paradigme : dans la nouvelle vision portée par les autorités, l’indépendance alimentaire ne sera pas seulement le résultat d’investissements ou de décisions administratives. Elle passera aussi par les laboratoires, les centres de recherche et l’innovation scientifique.

À l’horizon 2027, si les objectifs sont atteints, le Gabon pourrait démontrer qu’en Afrique, la souveraineté alimentaire se construit autant avec les chercheurs qu’avec les agriculteurs. Une transformation silencieuse mais potentiellement décisive pour l’avenir économique du pays.

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