6 mai 2026

Bilan de la situation des droits humains au Mali en 2025

Au cours de l’année 2025, le Mali a connu un durcissement notable des restrictions touchant les libertés fondamentales, notamment l’expression, la réunion et l’association. Les autorités ont multiplié les arrestations arbitraires et les disparitions forcées ciblant des figures de l’opposition et de la société civile. Parallèlement, le conflit armé a continué de peser lourdement sur les populations civiles, victimes d’exactions commises tant par les forces régulières et leurs alliés que par des groupes insurgés. Ces derniers ont instauré des blocus étouffants dans plusieurs localités, tandis que l’insécurité a provoqué la fermeture de plus de 2 036 établissements scolaires.

Éléments de contexte politique et sécuritaire

Face à l’enlisement des précédents accords de paix, boudés par une large partie de la classe politique et des groupes armés, une Charte nationale pour la paix et la réconciliation a été instaurée en février. Sur le plan institutionnel, la transition militaire débutée en 2020 a été officiellement étendue pour une durée de cinq ans en avril.

Le dispositif sécuritaire a également évolué avec le remplacement, en juin, de la société privée Wagner par l’Africa Corps, une entité placée sous l’autorité directe du ministère de la Défense de Russie. En août, le gouvernement a affirmé avoir déjoué une tentative de putsch, entraînant l’arrestation de plusieurs militaires et d’un diplomate français soupçonné de liens avec les services de renseignement. Enfin, le Mali a manifesté en septembre sa volonté de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI).

Entraves aux libertés publiques

La décision de dissoudre l’ensemble des partis politiques a marqué un tournant dans la répression des voix dissidentes. À Bamako, les mouvements de contestation organisés en avril et mai pour dénoncer cette mesure ont été fermement réprimés par les unités de sécurité.

Pratique des disparitions forcées

Plusieurs acteurs engagés ont été la cible d’enlèvements menés par les services de sécurité ou des commandos non identifiés :

  • Alou Badra Sacko, figure de la société civile, a été détenu au secret entre mars et mai après avoir critiqué la fiscalité sur les transactions mobiles.
  • El Bachir Thiam, cadre du parti Yelema et opposant à la prolongation de la transition, a été enlevé en mai avant d’être relâché en septembre suite à des pressions internationales.
  • Alhassane Abba, responsable politique, a également subi une détention extrajudiciaire de plusieurs semaines entre mai et juin.

Détentions et condamnations arbitraires

Le système judiciaire a été utilisé pour neutraliser des militants comme Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, incarcérés depuis 2023 et victimes de mauvais traitements. L’ancien Premier ministre Moussa Mara a, pour sa part, été condamné à un an de prison en octobre pour avoir défendu sur les réseaux sociaux les droits des détenus d’opinion.

Le cas de Clément Dembele reste préoccupant : malgré une décision de justice ordonnant l’abandon des poursuites en avril, ce militant anticorruption demeure derrière les barreaux.

Exactions des groupes armés non étatiques

Les organisations djihadistes ont multiplié les attaques meurtrières contre les civils. En février, l’État islamique au Sahel (EIS) a massacré 34 personnes lors de l’attaque d’un convoi près de Gao. À Ménaka, le corps de Sidi Barka, un leader local enlevé par l’EIS, a été découvert en août.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) a également mené des opérations d’envergure, notamment l’enlèvement du maire de Konna et une offensive violente contre Farabougou en août. En novembre, l’exécution publique de Mariam Cissé dans la région de Tombouctou a illustré la brutalité de ces groupes.

Manquements au droit international humanitaire

Les opérations menées par les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs partenaires ont été entachées de graves dérives. En mars, une frappe de drone a causé la mort de 10 civils à Ejdeïr. En avril, une opération conjointe avec Wagner à Sebabougou a débouché sur l’exécution extrajudiciaire de dizaines d’hommes, principalement issus de la communauté peule, près du camp de Kwala.

Un autre massacre a été documenté en mai à Diafarabé, où une vingtaine d’hommes ont été exécutés et enterrés dans des fosses communes après avoir été interpellés sur un marché.

Impact sur les droits sociaux et l’éducation

L’insécurité alimentaire et la liberté de mouvement sont gravement compromises par les blocus imposés par le GSIM autour de villes comme Kayes ou Nioro du Sahel. Le groupe entrave systématiquement l’approvisionnement en carburant depuis le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Une éducation en péril

Le secteur éducatif subit de plein fouet cette crise. En juin 2025, le nombre d’écoles fermées a atteint 2 036, privant environ 618 000 enfants de scolarité. La région de Kidal est particulièrement sinistrée, avec plus de 60 % des jeunes en dehors du système scolaire.

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