5 mai 2026

Burkina Faso : comment financer la santé sexuelle et reproductive sans dépendre des bailleurs ?

Burkina Faso : comment financer la santé sexuelle et reproductive sans dépendre des bailleurs ?

Le Burkina Faso fait face à un défi de taille : garantir l’accès aux services essentiels en santé sexuelle et reproductive (SSR) malgré la baisse des financements extérieurs. Une rencontre organisée par le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a permis d’explorer des solutions locales pour pérenniser ces services dans un contexte marqué par l’insécurité et le retrait progressif des partenaires internationaux.

Un financement extérieur en forte baisse

Selon les dernières données du ministère de la Santé, près de 81 % des fonds alloués à la santé sexuelle et reproductive provenaient jusqu’ici de bailleurs étrangers. Or, ces contributions ont significativement diminué ces dernières années, mettant en péril la continuité des programmes vitaux pour prévenir les grossesses précoces, les mariages forcés et les décès maternels.

Face à cette situation, les acteurs locaux doivent trouver des alternatives endogènes pour assurer la durabilité des actions en faveur de la planification familiale et des droits sexuels et reproductifs.

Les propositions clés pour une mobilisation locale

Désiré Thiombiano, directeur de AMS Synergie Burkina Faso, insiste sur l’importance de l’implication des communautés dans le financement de ces services. Pour lui, il est urgent de sensibiliser les populations à l’importance de contribuer elles-mêmes à la mobilisation des ressources. Voici les axes qu’il recommande :

  • Renforcer la sensibilisation sur les enjeux de la santé sexuelle et reproductive pour encourager les dons et contributions locales.
  • Impliquer les leaders d’opinion, notamment les figures religieuses et traditionnelles, pour promouvoir une masculinité positive et briser les tabous autour de ces sujets.
  • Instaurer des mécanismes de collecte communautaire au niveau des collectivités territoriales, en garantissant une gestion transparente et responsable des fonds collectés.

« Il n’est plus question d’attendre le retour des partenaires. Nous devons investir nous-mêmes dans la santé sexuelle pour éviter les grossesses non désirées et les décès évitables », a-t-il souligné.

Les efforts de l’État burkinabè pour pallier le désengagement extérieur

Dr Clarisse Bougma, représentante de la direction de la santé de la famille, a rappelé les actions concrètes menées par l’État burkinabè. Entre 2020 et 2025, le gouvernement a investi 3,9 milliards de francs CFA dans l’acquisition de produits contraceptifs. Malgré la réduction des financements internationaux, le ministère de la Santé s’engage à maintenir ses efforts, en ciblant particulièrement les zones les plus reculées.

« La mobilisation des ressources endogènes est une priorité stratégique. Elle garantit la durabilité des actions et accélère l’atteinte des objectifs internationaux en matière de santé reproductive », a-t-elle déclaré.

Un plaidoyer pour une souveraineté sanitaire

Boureima Sanga, coordinateur du REMAPSEN Burkina Faso, a souligné l’importance de cette rencontre dans une dynamique plus large de plaidoyer et de renforcement des capacités des journalistes. Pour lui, les médias jouent un rôle clé dans la diffusion des mécanismes de financement endogène et la sensibilisation des populations.

« Dans un contexte de crises multiples, il est essentiel que les médias soient informés des solutions locales pour soutenir la souveraineté sanitaire », a-t-il ajouté.

Le REMAPSEN, créé en juin 2020, organise régulièrement des rencontres nationales avec l’appui du Partenariat de Ouagadougou. L’objectif ? Promouvoir des solutions durables et locales pour répondre aux défis sanitaires actuels.

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