13 juin 2026

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Cameroun : comment Yaoundé a économisé 12 milliards grâce à la lutte contre les fraudes aux pensions

Depuis novembre 2021, l’État camerounais réalise des économies annuelles de l’ordre de 12 milliards de FCFA en procédant au contrôle systématique des pensions d’invalidité et de réversion. Ce résultat, révélé par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, met en lumière les dysfonctionnements majeurs qui affectaient jusqu’alors le fichier solde national. Cette initiative s’inscrit dans une démarche d’assainissement budgétaire visant à éliminer les versements injustifiés de salaires, pensions et autres prestations à des bénéficiaires non éligibles.

Des irrégularités massives dans le système des pensions

L’origine de cette opération remonte à janvier 2020, lorsque le ministère des Finances a rendu publique une liste de 7 855 anciens agents publics suspectés de percevoir indûment des pensions de réversion ou d’invalidité. Pour ces dossiers, les documents administratifs justifiant le versement des prestations étaient introuvables, ce qui a déclenché une vaste campagne de vérification et de croisement des données.

Les pensions d’invalidité, destinées aux agents reconnus inaptes selon les critères réglementaires, et les pensions de réversion, reversées aux ayants droit d’un agent décédé, sont des dispositifs légitimes. Cependant, leur gestion devient vulnérable aux fraudes en l’absence d’un état civil fiable et d’un fichier solde maîtrisé.

La purge engagée consiste à vérifier les pièces justificatives, confirmer l’existence réelle des bénéficiaires et radier les ayants droit fictifs ou décédés sans déclaration. Chaque suppression se traduit par une réduction immédiate des dépenses publiques.

Une politique de rigueur budgétaire ambitieuse

Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large de maîtrise des dépenses publiques. Depuis 2018, le gouvernement camerounais mène le Comptage physique des personnels de l’État (Coppe), un recensement en présentiel destiné à identifier et exclure les agents fictifs des registres administratifs. Selon les chiffres officiels, cette mesure génère environ 30 milliards de FCFA d’économies annuelles, soit trois fois plus que le contrôle des pensions.

Le ministre Louis Paul Motaze a lancé un nouveau chantier : l’audit des allocations familiales versées au personnel de l’État. L’objectif reste le même : éliminer les prestations indûment perçues et recentrer les aides sur les bénéficiaires légitimes. À terme, cette série de réformes devrait renforcer la fiabilité du fichier solde, un préalable essentiel pour des prévisions budgétaires précises.

Ces économies ne se limitent pas à une chasse aux fraudes. La masse salariale et les pensions représentent l’un des postes les plus lourds du budget camerounais. Toute marge dégagée permet au gouvernement de dégager des marges de manœuvre pour l’investissement public ou le désendettement, dans un contexte où les équilibres financiers sont sous haute surveillance, notamment par le Fonds monétaire international.

Un contexte économique sous tension

Le calendrier de ces réformes n’est pas anodin. Le Cameroun fait face à une pression accrue sur ses finances publiques, avec une demande sociale croissante, des chocs sur les recettes pétrolières et un fardeau de la dette de plus en plus lourd. La maîtrise des dépenses courantes devient cruciale pour préserver la stabilité macroéconomique et honorer les engagements pris auprès des partenaires internationaux.

Ces opérations soulèvent cependant des défis sociaux et politiques. La suppression de pensions, même indûment perçues, peut entraîner des contentieux et des situations humaines difficiles lorsque les bénéficiaires contestent leur radiation ou ne parviennent pas à fournir les justificatifs requis. La sécurisation juridique du fichier solde, parallèlement aux contrôles, constitue donc un volet essentiel de la réforme.

Les économies déjà réalisées laissent entrevoir un potentiel encore important. Entre le Coppe, le contrôle des pensions et l’audit des allocations familiales, les autorités camerounaises pourraient, à terme, cumuler plusieurs dizaines de milliards de FCFA d’économies récurrentes. La pérennité de ces dispositifs dépendra cependant de leur capacité à résister aux pressions clientélistes et à s’inscrire dans la durée.

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